Le conflit Radio-Canada et Quebecor : la diffusion de l’émission « Enquête » par la SRC

Au début du mois de novembre, la chaîne Radio-Canada et son programme Enquête ont diffusé une émission ayant pour sujet leur concurrent principal, l’empire médiatique Quebecor. L’épisode s’attardait sur le contrôle de l’information exercé par Quebecor dans les médias, sur la convergence culturelle et le pouvoir que la compagnie détient en politique. Dirigé par le journaliste Guy Gendron, Enquête a diffusé des entrevues avec un ancien journaliste du Journal de Montréal, David Patry, le président du Conseil de Presse, John Gomery, et d’autres acteurs qui affirment être inquiets de la dominance de Quebecor dans les sphères médiatiques de la province.

 

Aussi, beaucoup de pratiques journalistiques douteuses ont été déterrés par monsieur Gendron, notamment concernant le palmarès de personnalités culturelles influentes publié 2007. Le classement en question fut confié à une firme indépendante pour éviter le favoritisme. Il n’y aura pas eu de problème si la directrice de la section Arts et Spectacles du Journal de Montréal n’avait pas écrit une série de courriels déplorant l’absence de René Angelil, la faible position de Julie Snyder, étiquetant Michael Tremblay « plus du tout influent » et disant de John Porter (ex-directeur du Musée national des beaux-arts de Québec) que « on s’en fout ». Lorsque questionnée sur ce palmarès, madame Coudé-Lord clamait ne plus avoir aucun souvenir et déplorait l’agressivité des questions du journaliste.

 

Avant même la diffusion de l’émission programmée pour le 3 novembre 2011, Quebecor a publié une mise en garde contre Radio-Canada et ce, malgré le secret bien tenu du contenu de l’émission. Bref, Quebecor était déjà en mode « sauvegarde » avant même que Radio-Canada ait diffusé auprès du public l’émission en question. Depuis, ce fut une série d’échanges tendus entre les deux diffuseurs, qui furent d’ailleurs médiatisés dans La Presse et Le Soleil.

 

La défense de Radio-Canada

Dès la mise en garde faite par Quebecor, la société Radio-Canada, à son habitude, est restée discrète, ne révélant aucunement le contenu de son émission, pointant que le journaliste Guy Gendron serait prêt à répondre aux questions après la diffusion de l’épisode déjà scandaleux.

 

Un article dans Le Soleil par Richard Therrien résume très bien le contenu de l’émission, en pointant qu’ « il fut au final peu question des attaques de l’empire contre Radio-Canada. Le journaliste [Guy Gendron] s’est plutôt intéressé au danger de la manipulation de l’information et à l’influence de Quebecor sur le pouvoir politique. »

 

C’est cette même attitude d’objectivité sans attaque qui semble prédominer dans le discours du président de Radio-Canada, Hubert Lacroix. Ce dernier a d’ailleurs affirmé qu’il ne « voulait pas de batailles ». Quant à Alain Gravel, animateur à Enquête, avouant que le sujet était délicat, il se défend en affirmant que «  si nous avons décidé de faire cette enquête, ce n’est pas pour assouvir la curiosité des gens du milieu des communications. Non plus pour nous venger de quoi que ce soit. La démocratie serait mal servie si personne ne pouvait critiquer le groupe médiatique le plus important au Québec. »

 

Bref, Radio-Canada avoue s’attaquer à un gros morceau, mais défend sa façon de faire, qui se veut objective et dans les règles du métier journalistique. Mais encore, l’émission dit qu’il est nécessaire de se questionner sur le géant médiatique, puisqu’il fait partie intégrante de la culture québécoise.

 

La réplique de Quebecor

Évidemment, la réponse de Quebecor ne s’est pas fait attendre. De biais avec la mise en garde effectuée, le chroniqueur du Journal de Montréal Guy Fournier a publié un billet en se portant à la défense des Péladeau en remettant en doute la crédibilité de l’équipe de l’émission Enquête, affirmant que des conclusions hâtives et sans réelle réponse sont souvent portées.

 

Des journalistes de l’entreprise ont demandé accès à l’information, ce que Radio-Canada a refusé. Cette demande à l’information traite surtout sur un regard sur les dépenses de Radio-Canada. Pierre-Karl Péladeau a aussi demandé une rétraction des « informations mensongères » diffusées par Radio-Canada. La saga n’est pas encore terminée et une réplique frappante de Quebecor, qui n’a pas l’habitude de se laisser faire, se fait toujours attendre.

 

En conclusion

En somme, je crois qu’il est nécessaire, en tant que relationniste, de se questionner sur les pratiques du plus grand empire médiatique au Québec : auto-promotion, pratiques journalistiques douteuses, sur sa puissante politique et surtout sur sa puissante médiatique. En effet, si Quebecor détient un grand contrôle de la culture provinciale, qu’adviendra-t’il de la diversité ? Si l’empire crée des emplois et promouvoit la culture du Québec, peut-on vraiment s’inquiéter de ce pouvoir ? Je pense que la dominance de Quebecor est effectivement inquiétante pour la culture, puisque les produits offerts sont souvent de faible qualité : Star Académie, Occupation Double et autres produits du genre sont loin d’être les plus stimulants. Pour avoir pris connaissance des différents disques compacts lancés par les étiquettes desservies par Quebecor, l’emphase est mise sur de gros artistes aux styles pop et génériques, laissant souvent de côté les artistes moins connus qui ont tant à offrir au paysage culturel.

D’ailleurs, était-ce une idée éclairée de la part de Radio-Canada de s’attaquer objectivement à son plus grand concurrent, avec qui la Société connaît des tensions depuis des années ? Pourquoi mettre de l’huile sur le feu maintenant ? Je doute aussi de l’objectivité totale de SRC : faire un dossier style « scandale » sur son plus grand concurrent ne peut être totalement objectif et paraît mal, malgré les bonnes intentions journalistiques derrière l’enquête.

Avec une forte réplique de Quebecor qui tarde à frapper, connaissant la puissante de l’empire, Radio-Canada pourrait-il sortir les griffes sans éclabousser sa calme réputation ?

Finaleent, Quebecor changera-t’elle ses pratiques contrôlantes à la lumière de l’information diffusée par Radio-Canada? J’en doute. La compagnie continuera probablement à rechercher à faire des profits et à s’auto-promouvoir de façon outrageuse.

Prenez vous-même connaissance de l’épisode ici. Des documents web exclusifs sont disponibles comme complément à l’émission.

http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2011-2012/Reportage.asp?idDoc=179088

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