Les « Spin doctors » en politique. Un mal nécessaire?

 

 

Qui ne connait pas ces conseillers politiques? Les « Spin doctors » sont à la mode. Autrefois cachés derrière des hommes et des femmes politiques, aujourd’hui, ils sont sortis de l’ombre. En ce temps d’élections présidentielles américaines et françaises, ce qui est clair, c’est que ces « éminences grises » ont la côte.

  •  David Axelrod, conseiller de Barack Obama
  •  Pierre Giacommetti, spin doctor de Nicolas Sarkozy,    précédemment Thierry Saussez ou encore Henri Guaino
  •  Jacques Séguéla et Jacques Attali pour François Mitterand
  •  Karl Rove, conseiller de G.W. Bush
  •  Alastair Campbell pour Tony Blair

 

En tout premier lieu, intéressons-nous un peu sa définition. L’appellation semble attestée aux États-Unis que depuis 1980. Créée à partir du substantif « spin », on imagine là l’effet que l’on donne à une balle qui voit ainsi sa trajectoire modifiée[ii]. Le terme est généralement porteur d’une connotation négative : la pratique a montré que le « spin doctor » n’agit pas toujours de façon morale notamment du fait de l’emploi de la technique dite du Storytelling.[iii]

Voilà pour l’étymologie, mais qui sont ces phénomènes? Des experts de la communication ayant une maîtrise  de différentes sphères axées sur la politique, les médias et les communications. Leur capacité à analyser les sondages de l’opinion publique leur permet d’orienter l’information et influencer l’opinion publique pour un enjeu bien précis. L’avènement du « Storytelling » a permis aux stratèges de détourner l’attention des électeurs de la réalité. Christian Salmon, dans son essai « La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits. », nomme l’emploi du « Storytelling », une « arme de distraction massive »[iv]. Mais outre ces précieuses qualités, ces hommes d’influence sont proches, très proches des politiciens et en détenant la totalité des données, voire jusqu’à l’intimité du dirigeant, leur savoir devient-il pouvoir?

D’un autre côté, lors d’élections ou d’événements, toute l’attention se porte sur l’homme politique et on doit s’assurer que son image soit à la hauteur. Il faut qu’il s’impose, se distingue et séduise. Le chef d’orchestre est là pour le diriger et éviter les dérapages. Aucune place à l’improvisation. Ces conseillers coûtent cher, mais ils rapportent! Selon Ghyslaine Pierrat, auteur du livre « La communication n’est pas un jeu », les « spins doctors » améliorent le score entre 1 et 5%.

Étudiante en relations publiques, je m’interroge sur l’éthique et les façons de faire de ces stratèges en communications. Ils vont à l’encontre des valeurs de base de la profession qui sont : « … de maintenir et promouvoir des relations de confiance fondées sur la connaissance et la compréhension entre l’organisme et ses publics internes et externes… »[v]. Nos idéaux de franchise et de transparence en prennent un coup avec ces gourous.

Lors d’une entrevue au mensuel L’Infopresse, Michel Dumas déclare qu’il faut : « Cessez d’associer les relationnistes aux ‘Spin doctors’. Ils nuisent à notre réputation, car beaucoup de gens les assimilent encore aux RP. »[vi] 

 Les « Spin doctors », un mal nécessaire?

  • Un mal pour le respect de la profession des RP?
  • Vraiment nécessaire aux politiciens actuels, qui ne peuvent lutter seuls contre des médias de plus en plus indépendants, vigilants et provocants?

 

Entre vous et moi, à mon avis, un mal pas vraiment nécessaire…

Et vous qu’en pensez-vous?

 

 


[i]  Puces Ménestrel (définition des ménestrels : …parfois ils créaient eux-mêmes, souvent ils apprenaient par cœur les récits des autres, quitte à les embellir…) http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9nestrel

[ii] Office québécois de la langue française, site internet http://www.oqlf.gouv.qc.ca/imprimer.asp#spindoctor

[iii] Wikipédia, l’encyclopédie libre, site internet http://fr.wikipedia.org/wiki/Spin_doctor

[iv] Salmon, Christian, Storytelling La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, 240 p., La Découverte poche, 2008

[vi] « Les relations publiques, une profession en devenir. », Michel Dumas, Éditions Presse de l’Université du Québec 2010, 200 pages       

 

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4 commentaires pour Les « Spin doctors » en politique. Un mal nécessaire?

  1. pierrat dit :

    Madame,
    Je vous remercie de m’avoir cité dans votre billet sur les « spin doctors ».
    Effectivement, j’ai acquis la conviction de l’ardente nécessité de la présence d’un « spin doctor » auprès des dirigeants. Sachez que premièrement, nous sommes dans la responsabilité sociale de notre fonction et non pas dans la manipulation dépassée. Secundo qu’un mensonge n’est plus tenable à moyen et long terme, par la grâce des nouvelles technologies. Et tertio, nous évoluons dans des sociétés libres. L’éthique n’est pas toujours au rendez vous de certains. En ce qui me concerne, je crois que la tendance que je décris dans mon ouvrage « La communication n’est pas un jeu » aux éditions de l’Harmattan, est celle qui domine. Ethique, authenticité, professionnalisme sont au rendez vous. La communication est un métier, un vrai métier, pétri de fondamentaux. Il n y a plus de place pour les amateurs. L’image des dirigeants est un capital, un patrimoine mais elle est, il est fragile. Espérons que nous restions des bodygards communicationnels inspirés et éclairés, parce que l’histoire nous oblige.
    Très cordialement votre,

    Ghyslaine Pierrat

    • adriannelanglois dit :

      Si nous reprenons l’exemple soulevé par Lucie, soit le président Nicolas Sarkozy, mais là lors de son point de presse après les attaques de Toulouse, sans spécialistes de l’image et du discours, il ne pourrait pas tenir des propos aussi touchants. Dégringolant dans les sondages français, il n’a pas le choix de faire appel à des spécialistes pour se permettre d’être toujours dans la course. Là est un bel exemple d’utilisation de ce qui est véhiculé par l’opinion publique au profit du politicien. Je crois pour ma part, que les « spin doctors » sont un mal nécessaire, mais en les limitant seulement à la sphère politique, où de toute façon, le mensonge est déjà présent!

  2. alrigo dit :

    Il ne faut pas se le cacher le peuple aime se faire raconter une histoire. Ces gourous, comme tu le dis si bien, ont une forte capacité d’analyser l’opinion publique (https://rep2100.wordpress.com/2012/03/20/opinion-publique-oxymoron-1/). Ce qui me portent à dire qu’ils ne mentent pas mais ils agissent, selon moi, comme des caricaturistes : ils amplifient le caractère, le trait, la qualité qui plaît au bon peuple et en remettent.
    Quant à la relation de confiance (https://rep2100.wordpress.com/2012/04/08/la-confiance-cette-meconnue-1/), la confiance est vue comme une attente de la part des individus, attente portant sur la fiabilité des paroles, promesses, dires écrits ou verbaux d’un autre individu. Les « spin » adaptent leur message aux attentes et battent le fer pendant qu’il est chaud.
    Ce n’est donc pas un mal nécessaire mais une technique qui permet d’utiliser l’opinion publique, ses attentes, à l’avantage de la défense de l’organisation dont on est le gardien de l’image.

  3. fouadbenyoub dit :

    Que ferions-nous sans les « spin doctors » ?

    Les conseillers, les imminences grises et les faiseurs d’image ont presque toujours existé dans les différentes formes de pouvoir. Ces derniers ne sont pas forcément mal intentionnés, et combien même certains d’entre-deux le seraient, est-ce une raison suffisante pour remettre en question cette profession dans son ensemble ?!

    « Une arme n’a pas d’intentions, contrairement à son détenteur. ». C’est ainsi que nous devrions considérer cette profession car les intentions et les actes se rapportent au relationniste et non aux relations publiques.

    De plus, il nous faut prendre conscience du fait que même le leader le plus vertueux ne pourrait survivre dans un environnement médiatique où les trains qui déraillent intéressent davantage le public que les trains qui arrivent à l’heure. Les médias sont, en raison de la pression de leurs publics, à l’affût du moindre déraillement de trains. À cela s’ajoutent les initiatives des adversaires qui cherchent continuellement à jeter le discrédit sur les leaders du moment.

    Ainsi, chaque action, chaque erreur d’une figure publique sera amplifiée et interprétée de manière à capter l’intérêt du public. Le défi est alors d’établir, ou de rétablir, l’équilibre entre la perception et la réalité.

    Réduire le décalage entre les opinions subjectives, parfois erronées, et les faits est une mission qui requiert inévitablement l’intervention de professionnels en gestion de l’image, soit des « Spin doctors ».

    À bon entendeu(se)r…salut !

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