Benjamin Huppé, le courage de prendre la parole?

Je vous mets en contexte.

Samedi le 7 avril 2012 se tenait l’événement Nous?, un marathon de douze heures de discours portant sur la situation actuelle du Québec. Des citoyens et plusieurs personnalités publiques ont pris la parole sur l’état du Québec et de sa démocratie. En fin de soirée, ce qui devait arriver arriva: Benjamin Huppé, «orateur impromptu» est monté sur scène pour livrer un discours spontané qu’il venait d’écrire sur son cellulaire quelques minutes auparavant, dans les toilettes du Monument National [c’est ce qu’il explique au public en montant sur scène]. C’est à se demander si le tour était «arrangé avec le gars des vues.»

Voici le vidéo qui circule sur les médias sociaux depuis cette soirée:

Je me suis posée quelques questions par rapport aux réactions face à ce discours. Benjamin Huppé fait vibrer le public, les spectateurs sur Youtube et les journalistes, comme Jean Barbe et Stéphane Laporte. Est-ce grâce à son message en soi ou à la spontanéité avec laquelle il le livre? J’oserais dire un peu des deux.

Certes, le geste de l’orateur est tout à fait louable et vient rehausser le message de la soirée qui incitait le peuple québécois à oser prendre la parole. Une belle idée, dans un contexte tout à fait propice à ce genre de réflexion. Est-ce que son allocution correspond à un bon discours sous toutes ses formes?

Dans tout bon discours, il faut amener le public vers soi. Par exemple, en créant un lien en le saluant chaleureusement, en contant quelques anecdotes et en donnant quelques informations personnelles tout en gardant un lien avec le thème principal. Un bon discours ressemble à une bonne histoire: toujours garder l’attention de son public sans s’éloigner de son sujet. Une bonne histoire aussi en créant un problème pour ensuite le résoudre. Pour un fin «punchée», inviter les gens à passer à l’action avec un brin d’humour est toujours efficace et s’imprègne dans les mémoires. À ce niveau, Benjamin Huppé est implacable.

À part le ton, le style et le contexte dans le lequel est réaliser le discours, le bon fond demeure l’élément essentiel à tout bon discours. Maîtriser son sujet, être clair et concis ne vous éloignera pas de votre message. Avec deux ou trois idées, pas de danger de se perdre dans des explications ou des historiques à n’en plus finir. Même si l’orateur impromptu maîtrise bien son sujet, je trouve qu’il manque de contenu. Il provoque un fort sentiment d’appartenance en s’adressant au «vous êtes nous, le peuple québécois!», mais le je, moi, mon, ma devient un peu lourd. Il ne nous apprend rien. Il prend la parole un peu pour rien dire. Bref, son coup d’éclat est de bonne foi et tout à fait bien pensé. Il ne faut cependant pas oublié que dans tout bon discours, le message doit être retenu et doit idéalement encourager les gens vers un geste, une pensée ou une action. Plusieurs prennent la parole sur les blogues, les médias sociaux, dans la rue, etc. Il ne faut pas sous estimer le discours des gens, mais les comprendre. C’est cette idée du fond et de la forme que peut prendre un discours qui m’a fait me questionner:
Vivons-nous dans un monde où l’apparence influence plus que le contenu?

Pour terminer, je vous laisse avec un grand moment de cinéma. Inspirer d’un homme aux mains tachées de sang, mais qui, malgré tout, fut l’un des plus grands orateurs de par son charisme et cette habileté à faire croire. Voici Charlie Chaplin, sous les apparences de Adolf Hitler, qui livre un discours sur la liberté.

«Dictators free themselves, but they enslave the people.»

Sources:

André Péloquin, Urbania, 11 avril 2012.

Karel Mayrand, Le Huffington Post, 4 avril 2012.

Marc Ouimet, Ensemble, Presse coopérative et indépendante, 8 avril 2012.

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Un commentaire pour Benjamin Huppé, le courage de prendre la parole?

  1. boisvertlyne dit :

    Je suis d’accord que Benjamin Huppé a bien passé son message. Le public a été surpris par cette soudaine apparition, qui a joué en sa faveur. Son courage, son intégrité, sa franchise ont été remarqués. Les gens se sont associés à ce « nobody » qui devient vedette instantanée. Mais après? Quel est le message que les gens ont retenu? Que tout le monde peut prendre la parole ainsi, sans s’annoncer? Le fond, ce qu’on appelle le contenu, n’y était pas vraiment, vous avez raison. Hélas, dans ce cas-ci, il faut croire que le public avait le goût de ne rien apprendre, pour une fois. De se laisser aller dans ce laisser-aller. Se faire porter par la vague de la superficialité. Ce sont des choses qui arrivent. Comme quand on va voir un film drôle, léger, on n’a pas le goût de se casser la tête. Faut-il toujours retenir un message de tout discours? Peut-être pas, s’il faut en croire la stratégie de Benjamin… si stratégie il avait.
    Dans le film de Charlie Chaplin, je comprends le réalisateur de l’avoir choisi. Il nous convainc tellement il est naturel. Les mots choisis nous collent à la peau. On ne peut que « boire » ses paroles. Merci de m’avoir permis de connaître une autre facette de ce grand acteur.

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