Québecor et la fusion Bell-Astral: ironie d’un discours

Il y a une semaine ont eu lieux des audiences publiques afin que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) décide d’approuver ou non la fusion entre Bell et Astral. Cette union, tel que l’indique Jean-Robert Sansfaçon dans le Devoir, permettrait à Bell de devenir, du côté du marché canadien anglais, le géant de la radiodiffusion, avec presque 40% des parts de marché. Québecor, de son côté, dominerait toujours le marché francophone avec 30,5% de l’auditoire contre 26,6% pour Bell, au lieu de 8% à l’heure actuelle.

Forte opposition 

Plusieurs joueurs de l’industrie s’opposent fortement à cette acquisition par peur que Bell n’obtienne le quasi monopole dans le marché des télécommunications et puisse imposer sa loi aux consommateurs. Québecor notamment, se préoccupe de la positon dominante qu’obtiendra Bell au Canada si la fusion a lieu, et essaye de lutter par tous le moyens contre cette potentielle association. La compagnie a justement lancé, avec l’aide de Cogeco, la campagne «Dites non à Bell» qui nous permet de constater l’ampleur des enjeux. Cette lutte sans merci me semble ironique venant de Québecor, car la compagnie de Pierre-Karl Péladeau ne profite-elle pas d’une situation semblable au Québec?

Stratégie de convergence

Tel que l’indique André Pratte dans son éditorial du 14 septembre, Pierre-Karl Péladeau dit redouter la fin de la concurrence dans la marché canadien car si la fusion a lieu, Bell-Astral jouira d’une part du marché équivalente à celle de Québecor. Cependant, je crois que ce que craint vraiment M. Péladeau, c’est l’émergence d’une réelle concurrence dans le marché québécois. La stratégie de Bell d’acheter Astral ressemble à la stratégie de Québecor, c’est-à-dire la consolidation et la convergence de la production et de la diffusion de produits culturels. Avec l’achat de Vidéotron en 2001 et de TVA en 2002, Québecor mettait en place sa stratégie de convergence: rassembler sous un même toit une gamme de contenus et de multiples moyens de diffusion qui aujourd’hui elle reproche à Bell de vouloir mettre en place avec Astral. L’acquisition d’Astral permettrait à Bell de mettre la main sur la plupart des chaines spécialisées au Québec ainsi que sur plusieurs chaines payantes et des stations de radio. De plus, Bell posséderait le plus important réseau de panneaux d’affichage publicitaire au Canada.

En conclusion, si Québecor met autant d’effort à lutter contre cette fusion, ce n’est pas
parce qu’elle craint la stratégie de convergence de Bell et son acquisition de plusieurs médias, mais bien le risque que cette compagnie devienne un compétiteur de taille avec lequel elle aurait de la difficulté à rivaliser. Et Pierre-Karl Péladeau est même prêt à se contredire dans son discours, tellement les enjeux sont importants pour le futur de sa compagnie.

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7 commentaires pour Québecor et la fusion Bell-Astral: ironie d’un discours

  1. Richard L dit :

    Il est effectivement très ironique de voir quelqu’un, comme PKP, défendre autant la protection des téléspecteurs contre l’invasion de Bell alors qu’on peut y voir un certain parallèle avec l’emprise de Quebecor ici au Québec. J’aurais pu comprendre de voir certains personnalités publiques «neutres» monter aux barricades, mais venant de la tête dirigeante d’une entreprise qui applique la même médecine sur son marché… Deux poids, deux mesures!

    • Merci Richard pour ton commentaire! J’ai bien hâte de voir la décision que prendra le CRTC dans ce dossier. En attendant, j’espère que les gens se poseront plus de questions en voyant des campagnes publicitaires telles que «Dites non à Bell» qui ont été mises sur pied soi-disant dans l’intérêt des consommateurs, mais qui au fond, ne sont que des stratégies de communication agressives développées dans l’intérêt des entreprises elles-mêmes.

  2. Genevieve dit :

    Je suis bien daccord avec le commentaire de Richard. Par contre, Bell ayant un service à la clientèle tout à fait pitoyable, je préfère autant mieux me faire traiter par respect par une compagnie comme Videotron que par une autre grosse compagnie qui n’a aucun respect pour ces clients. Il est cependant très claire pour moi en tant que consommatrice que toute cette campagne « Dites non à Bell » est effectivement que pour mener à bien l’intèrêt de Vidéotron et non des consommateurs.

    • Merci Geneviève pour ton commentaire. Pour ce qui est du service à la clientèle, j’ai aussi vécu de mauvaises expériences, mais autant avec Bell qu’avec Vidétron. Malheureusement, à moins de choisir une plus petite compagnie indépendante, nous n’avons pas beaucoup d’autres choix!

  3. Il est vrai que le discours de Péladeau fait bien rire. On aurait préféré entendre ça de la part des journalistes, de la FPJQ ou autres concernés par la liberté de la presse et le pluralisme nécessaire à son bon fonctionnement.

    J’en parle ici, si cela vous intéresse : https://montrealmedias.wordpress.com/2012/10/16/fusion-astral-bell-toujours-plus-de-concentration-dans-les-medias-canadiens/

    Bonne journée !

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