Les feux de l’amour au sommet de l’État

12 juin 2012 , entre-deux tours des législatives. Un tweet de Valérie Trierweiler fait l’effet d’une bombe dans le landerneau politique français :

« Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé« 

Présentons les protagonistes :

Valérie Trierweiler est la compagne de François Hollande, président de la République Française, élu sous les couleurs du Parti Socialiste (PS) depuis quelques semaines.

Olivier Falorni, militant PS de la première heure, se présente en dissident contre Ségolène Royal, investie et parachutée dans cette cironscription par le PS.

Ségolène Royal, candidate malheureuse à la présidentielle de 2008 contre Nicolas Sarkozy,   fut la compagne de 30 ans de François Hollande et mère de ses 4 enfants.

Tous les ingrédients d’un imbroglio politico-sentimental sont réunis. Les commentaires fusent sur le désormais célèbre Trierweilergate. La France se divise en deux. Devoir de réserve pour les uns, liberté de ton pour les autres.

De prime abord, je vois dans le tweet de Valérie Trierweiler l’occasion de pointer une atteinte au principe républicain de séparation des pouvoirs : Ségolène Royal ne cache pas depuis des mois qu’elle se verrait bien au perchoir de l’assemblée nationale en cas de victoire aux législatives, ce qui ne fait aucun doute dans son esprit ni dans celui des caciques du PS. Ce dernier a dénoncé pendant des années le népotisme du régime Sarkozy mais ne voit rien de mal à ce que la mère des enfants du Président convoite la présidence de l’assemblée nationale, 4ème poste de l’État selon la constitution. Et pour Thomas Hollande, l’aîné des enfants du couple, un hochet avec ça ??

En tant que femme, sociale-démocrate, j’aurais souhaité voir dans le tweet de Valérie Trierweiler l’opinion d’une femme libre, militante socialiste de longue date. J’ai salué dans les premiers jours son indépendance d’esprit et son courage.

Hélas, les faits sont moins reluisants. Anna Cabana, journaliste au Point, à l’Elysée le 12 juin au matin, témoigne dans une interview à France-Inter que Valérie Trierweiler est en colère suite au  soutien public apporté le 11 juin par son compagnon à son ex-conjointe. Elle le menace : « tu vas voir ce dont je suis capable« .

François Hollande a toujours suscité une interrogation sur sa capacité de décision et de leadership.  Les Guignols de l’Info (voir vidéo ci-dessous) se font un malin plaisir de le brocarder tous les soirs sous les traits d’un homme faible et dominé … En période de crise, ce tweet est dévastateur.


On ne saurait faire des déclarations tonitruantes dictées par des pulsions de jalousie maladive. Sur les réseaux sociaux, c’est une faute. En matière de relations publiques, c’est une erreur politique majeure. Cela s’appeler tirer contre son camp, en plus de ternir l’image et la stature d’un homme au plus haut sommet de l’état.

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5 commentaires pour Les feux de l’amour au sommet de l’État

  1. mathildecondrainmorel dit :

    Ce que je trouve intéressant dans ce billet, c’est la question du rôle des médias sociaux dans la sphère publique. À l’air du web interactif, plusieurs spécialistes déplorent la sous-utilisation des médias sociaux de la part des leaders politiques. Cette omission de s’impliquer sur le web a notamment été discuté lors de la dernière campagne électorale au Québec. Or, ce tweet de Valérie Trierweiler représente exactement la raison pour laquelle, selon moi, les figures politiques de ce monde hésitent à se lancer dans ce dialogue avec le public. Une opinion est rapidement exprimée sur le web et les réponses se font rapides. Le contrôle du message devient beaucoup plus ardu et les effets de ce dernier ont parfois des répercussions que l’on ne soupçonnait pas. Il faut donc être très prudent et se tourner les pouces sept fois avant de tweeter! De plus, une personne active sur les médias sociaux doit toujours garder en tête son image publique puisque la ligne est mince, voire inexistante, entre l’identité personnelle et l’identité publique lorsque vient le temps de s’exprimer sur une question sensible.

    • Il est vrai que les politiques (hommes et femmes) ont encore du mal avec les médias sociaux. Il convient toutefois de souligner que le web 2.0 n’est pas un outil de leur génération. Tu as raison sur le fait qu’ils veulent tellement contrôler leur image que la spontanéité des médias sociaux leur fait sans doute peur. Quant à Valérie Trierweiler, c’est indéniablement une femme intelligente. Journaliste de talent, reconnue par ses pairs, chargée des questions politiques du PS pour l’hebdomadaire Paris Match, elle ne pouvait ignorer l’adage de son employeur : « le poids des mots, (le choc des photos)«  …. Quel manque de jugement de sa part.

  2. Un billet des plus amusant dont le titre est très accrocheur … Bravo ! Cette bévue de la part de la première dame de France, comme on aime à appeler les épouses de Président de la République de l’autre côté de l’Atlantique, démontre selon moi d’un manque de jugement flagrant. Et cela m’amène à un autre questionnement : que pensez de celui que les médias ont appelé le «président people », j’ai nommé, Nicolas Sarkozy ? Il a su faire usage d’une stratégie marketing digne de celle des stars réinventant la fonction de chef d’État. Je vous invite à lire cet article publié dans l’Express : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-president-people_473845.html
    Il est clair que l’entrée des médias sociaux dans la sphère politique modifie radicalement la manière dont les relationnistes et les médias traitent aujourd’hui l’information.
    Un sage a dit : « Méfiez-vous de ce que vous pourriez diffuser sur le Net aujourd’hui et qui pourrait être utilisé contre vous, plus tard … ». À méditer 🙂

    • Et que penser de cet autre adage : « Les paroles s’envolent, les écrits restent«  ?
      J’avais lu cet article de l’Express à l’époque mais je vais le relire avec plaisir. Les Français ont reproché à Sarko son style de rock star, son style omniprésent, son style people. Aujourd’hui, les Français ont un président « normal«  mais qui leur semble tellement mou (par rapport au précédent ou bien serait-ce que les Français s’étaient finalement habitués au style sarkozyste ? ) que sa cote de popularité plonge à la vitesse grand V ! En filigrane, les Français se demandent sans doute s’il sera à la hauteur de la tâche colossale qui l’attend.

  3. L’avenir nous le dira … la réputation de l’individu (ici le président Hollande) pourrait le précéder et la crainte des Français se trouverait justifiée. À suivre

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