Rona Ambrose et la motion 312

Le 26 septembre dernier a eu lieu le vote autour de la motion 312, initiée par le député conservateur Stephen Woodworth. Ce dernier demandait que soit mis sur pied un comité spécial de la Chambre des communes dans le but d’examiner si la définition d’« être humain » du Code criminel devrait être élargie pour inclure les fœtus, ouvrant ainsi la porte à une recriminalisation de l’avortement.

La motion a été rejetée avec 203 votes contre, et 91 pour, dont le vote la ministre de la Condition féminine Rona Ambrose. Ce qui lui a valu tout de suite de nombreuses critiques partout au pays.

Des organismes qui défendent les droits des femmes, comme la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) et la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada ont tout de suite demandé sa démission : « Nous n’avons plus aucune confiance en Madame Ambrose. En refusant de défendre les droits fondamentaux des femmes, elle n’a plus de légitimité. Ainsi, elle doit démissionner de ses fonctions » ont réclamé Alexa Conradi (FFQ)  et Sophie de Cordes (FQPN).

Alors que la motion est présentée comme une initiative privée et que Stephen Harper vote contre et promet de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement, le vote de Rona Ambrose a de quoi surprendre. Vote sincère d’une ministre appelée à représenter toutes les femmes, dont la majorité considèrent le droit à l’avortement un droit acquis, ou choix qui reconforte les électeurs ultraconservateurs de son parti?

Que la ministre de la Condition féminine au Canada vote en faveur de la motion 312 n’est pas interdit, mais les explications de Mme Ambrose sur sa position sont restées vagues, alors que sa crédibilité même est remise en question. En réponse à une Canadienne qui lui écrit sur Twitter être perplexe par son vote, la ministre réplique : «J’ai de façon répétée soulevé la question de la discrimination faite aux filles par l’avortement sélectif: une loi n’est pas nécessaire, mais nous avons besoin d’une prise de conscience!»

Et l’argumentaire s’arrête là. À la question du Bloc québécois qui lui demande en Chambre si elle entend démissionner, Mme Ambrose répond : «C’est intéressant que ce soit la première question que j’aie reçue concernant le dossier de la Condition féminine cette année […]. Et vous savez pourquoi, M. le président? C’est parce que ce gouvernement a un bilan incroyable pour défendre les femmes et les filles canadiennes».

De quoi alimenter encore la controverse. En attendant la prochaine motion.

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2 commentaires pour Rona Ambrose et la motion 312

  1. marilyneleroux dit :

    Intéressant et percutant. Pour qu’un élu représentant ces citoyens (idéologiquement peut-être dans le cas échéant) tente de faire changer une motion pourtant ancrée dans la société canadienne, cela signifie-t-il qu’une partie de celle-ci souhaite une modification?! Cette question peut-elle cacher quelques sujets plus profonds encore? En lisant ton billet, je me suis rendu compte que, malgré que je croyais le débat terminé depuis bien longtemps, une quantité inattendue d’élues ont voté pour un changement dans la motion. Pour moi, 91 élus votant « pour » est énorme. Je suis étonnée. Ton billet est très intéressant, il parle d’un sujet tabou qui, sur la place public, semble être devenu un enjeu idéologique et politique. Est-ce que cela représante véritablement la société canadienne? Jusqu’où cela peut-il se rendre? Je me pose plusieurs questions maintenant. Je vais suivre attentivement ce débat à la Chambre!

  2. madalinaburtan dit :

    T’as bien mis le doigt sur le bobo : le droit à l’avortement, au delà d’une question sociale et morale qui va toujours soulever des passions, a été avec le gouvernement conservateur utilisé comme enjeu idéologique et politique. Et il y a long à dire sur la position du gouvernement actuel.

    En parlant de Mme Ambrose, là où ça devient sensible c’est que la liberté de voter selon sa conscience a des limites dans le cadre de ses fonctions. Et son vote à l’égard de la motion 312 n’est pas l’équivalent de celui de tous les autres députés, mais un vote symbolique de la part d’une ministre qui doit défendre les droits et les responsabilités des Canadiennes.
    Or, son choix contredit celui de beaucoup des Canadiens, et elle n’offre aucune réponse à son geste.

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