Campagne électorale 2012 : Le théâtre au service de la politique?

      

Mise en scène 

Lors de la dernière campagne électorale, Pauline Marois a eu recours aux services d’un metteur en scène. Elle avait à ses côtés : Yves Desgagnés, un artiste réputé de la scène théâtrale québécoise. Il a agi à titre de maître de cérémonie, mais aussi comme concepteur des déplacements, des gestes et de la mimique de madame Marois. Les allocutions de la nouvelle première ministre du Québec étaient donc placées au quart de tour. En plus de devoir livrer ses convictions politiques, elle devait aussi gérer le travail d’une actrice devant intégrer dans son « jeu » les indications de son metteur en scène.

Selon le dictionnaire Larousse, la mise en scène se définit comme étant une manière affectée de présenter, d’organiser quelque chose pour éblouir, pour tromper ou pour obtenir quelque avantage.

J’ose donc ici, faire un étroit parallèle entre le théâtre et la politique. On engage un metteur en scène en politique pour améliorer l’image de l’acteur principal : le chef du parti. Est-ce que la mise en scène trompe le partisan? Là est la question? D’ailleurs, qu’est-ce que la mise en scène en politique peut envoyer comme message au public? Le visionnement d’une entrevue accordée sur la chaîne parlementaire française LCP, à l’émission « Com’ en Politique », par une sémiologue des médias, Amélie Dalmazzo, est très intéressant à ce sujet.

Répétitions

On imagine bien sûr que tous les politiciens répètent leurs discours avant de les prononcer. Ils doivent également être prêts à répondre avec doigté à toutes les questions des journalistes. C’est pourquoi l’exercice des « Questions/Réponses » est utilisé savamment dans la « mise en scène » de leurs allocutions publiques. Une scène du film français sur la vie politique de Nicolas Sarkozy « La Conquête » illustre de belle façon cet exercice pratique. La notion de répétition, tout comme au théâtre, fait donc partie intégrante de la stratégie politique.

Aucune place pour l’improvisation

    La lecture d’un billet publié par madame Carole Lavallée, consultante en affaires publiques et spécialiste de la gestion de crise, m’a éclairée. Elle y donne des exemples de réponses déjà planifiées que le politicien peut répéter. Elle affirme de plus que l’improvisation est à proscrire :

« Avec les journalistes en particulier, il faut absolument éviter l’improvisation. »

Politicien ou comédien?

L’image a beaucoup d’importance soit, mais de savoir que le politicien est en       «représentation» devant nous n’ajoute-t-il pas un questionnement quant à la crédibilité de ce dernier? La scène politique est-elle un véritable « spectacle »?

Je suis en accord avec Mme Lavallée, il n’y a pas de place pour l’improvisation avec les journalistes, mais engager dans son équipe des communications un metteur en scène issu du milieu théâtral est-il devenu nécessaire? Politicien ou comédien? Pauline Marois a-t-elle fait preuve d’audace?

   Qu’en pensez-vous?

Crédit photo: Martine L’Ecuyer

A propos martinelecuyer

Étudiante en relations publiques à l'Université de Montréal en 2012.
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8 commentaires pour Campagne électorale 2012 : Le théâtre au service de la politique?

  1. emmanuellebrub dit :

    Je ne sais pas si je suis complètement d’accord avec l’initiative de profiter des services d’un réalisateur en politique. Ce qui est certain c’est qu’un politicien n’est jamais assez prêt pour faire face aux journalistes ou influencer l’opinion publique. Plus que jamais à l’ère des médias sociaux et de l’instantanéité, leur moindre gestes et mots sont rapportés et analysés. Je comprends donc pourquoi une femme aspirant à devenir la première Première Ministre du Québec aurait voulu prendre les moyens pour que la fin des élections soit en tout point parfaite.

    Un discours suite à une élection c’est pas rien quand même! Ce doit être extrêmement bien préparé. C’est une excellente question que tu poses Martine! Pas facile à répondre…

  2. Merci Emmanuelle pour l’intérêt porté à mon billet. Effectivement, plus que jamais, à l’ère des médias sociaux et de l’instantanéité, les moindres gestes des politiciens sont rapportés et analysés.

    En complément à mon billet, je t’invite à lire le « blog-notes » d’Hugues Le Paige, blogueur du site « La revue politique* » qui s’exprime suite à un débat dont le thème était : filmer la scène politique et ses acteurs. Ce débat fut organisé à Paris par le Festival du Cinéma du Réel; un grand rendez-vous du cinéma documentaire.

    Il s’agit là, d’une approche plus cinématographique et télévisuelle que théâtrale concernant la vision de la mise en scène en politique. Je trouve ce billet très intéressant. On y affirme par exemple : « L’image du politique en action est omniprésente dans les médias et filmer la figure politique revient à filmer la mise en scène qu’elle organise de son image ».

    Ce blogue est par contre d’origine belge. À quand un ouvrage québécois sur la mise en scène en politique? Yves Desgagnés : l’invitation est lancée!

    À quand un politicien dirigé par Denise Filiatreault? « À quelle heure le “punch” Pauline? »

    Lien :
    http://blogs.politique.eu.org/Journal-de-campagne-8-La-mise-en

    * Indépendante, progressiste, pluraliste et friande de débats, La revue POLITIQUE s’efforce, depuis 1997, à travers le foisonnement des arguments et des points de vue, d’éclairer les enjeux sociaux, politiques, culturels et de société qui touchent la Belgique. Analyse, interview, chronique, billet d’humeur, débat, dessin, photo, fiction, la pluralité des moyens d’expression caractérise la démarche éditoriale de la revue.

  3. madalinaburtan dit :

    En lisant ton billet, deux choses me viennent à l’esprit. En premier, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est à un vrai spectacle que on a eu droit au Metropolis lors de la soirée des élections (avec ce que ça a eu de dramatique en plus).
    Deuxièmement, je me demande si la présence d’Yves Desgagné comme maître de cérémonie n’a pas eu comme but de rajouter au capital de sympathie de Pauline Marois, de l’humaniser, de la rendre plus proche de ses partisans et du public québécois en général.
    Être préparée par un conseiller en image c’est bien, mais associer à son équipe de campagne un acteur et metteur en scène connu du public, rend Mme Marois encore plus proche de son public.

  4. gablarue dit :

    À l’ère ou l’apparence joue un rôle presque aussi important que le contenu, l’idée est loin d’être bête. J’irais même jusqu’à affirmer que la façon dont la mise en scène fût gérée est peut-être presque trop transparente! Un coach, c’est bien. Celui ci doit toutefois agir dans l’ombre, autrement l’entièreté du stratagème perd de sa pertinence. Le politicien est un homme public, mais pour arriver à l’être, il doit séduire. Si le metteur en scène est nécessaire à cette réussite, moi je dis : pourquoi pas ! Le débat Kennedy / Nixon en est, d’ailleurs, un excellent exemple. Dans un monde où l’apparence joue ce rôle primordial, mieux vaut l’accepter et jouer ses cartes en conséquence.(http://questgarden.com/78/77/7/090323134241/index.htm)

  5. pasqale01 dit :

    Ah, cet éternel combat entre l’être et le paraître… Tu nous propose là un intéressant sujet, sur lequel les réflexions peuvent s’étoffer de nuances et de paradoxes. En fait, c’est encore l’éternelle question de la recherche de la juste mesure. Comme l’indique  »gablarue », l’image et l’apparence des figures politique est depuis fort longtemps sous contrôle. Comme nous parlons du monde du spectacle, pensons au Président américain Ronald Reagan, qui usait de son expérience d’acteur au cinéma pour diriger les caméras qui devaient le filmer, avec éclairage adéquat et autres artifices flatteur pour son image. Ou plus extrême: Adolf Hitler, qui se faisait photographier et filmer lorsqu’il répétait des discours pour mieux les chorégraphier, accentuer l’intensité de chaque mouvement, expression, etc. Ceci dit, le  »secret » est aujourd’hui bien éventé et, d’après les commentaires que l’on peut entendre  »dans la rue » comme dirait Jean Charest, la population semble plus sensible aux marques d’authenticité, de spontanéité… Bon, certaines gaffes ont pu nous prouver que trop de spontanéité peut nuire aussi à cette fameuse image. On en revient à la recherche du juste milieu, si difficile à déterminer. Donc oui, de la préparation, un bon  »coaching »… peut-être devrait-on en plus former les politiciens à l’art de l’improvisation à l’école de la LNI? Se serait à méditer…!

  6. veroniquecloutier dit :

    C’est un excellent sujet qui nous mène à nous interroger, si on va plus loin, sur la politique devenue spectacle. Sur cela, l’analyse de Regis Debray (1) à Ce soir ou jamais est intéressante. Debray évoque, au sujet de la politique maintenant, qu’elle est dans la réactivité et moins dans l’action. Que l’on est rendu très loin dans la démocratisation du narcissisme et que les politiques n’y échappent pas. Les politiciens sont extrêmement visibles, mais pas plus efficaces. La gravité de la situation réside dans la banalisation de l’homme politique, exactement le discours de M Bock-Côté (2)(je vous invite à lire son article d’ailleurs). On a moins de considération pour l’homme politique parce qu’il n’est plus teinté de grandeur, il s’insère facilement dans le quotidien. On souhaite de plus en plus qu’il s’insère dans le quotidien en occupant les médias sociaux par exemple. Oui il est plus accessible, mais cette accessibilité l’entraîne dans l’ordinaire, dans le banal. Debray dit que la politique réside dans la confiance, dans l’imaginaire, et que la médiatisation des hommes politiques aujourd’hui, alors qu’ils s’insèrent dans toutes les plateformes du 2.0, se fondent dans le banal, le populisme, et sont de moins en moins grands, inspirants, charismatiques. C’est peut-être pour cela qu’ils ont besoin d’être mis en scène, presque ennoblis par de beaux décors, de belles présentations.

    (1) http://www.dailymotion.com/video/x3dez7_csoj-analyse-de-la-politique-specta_news
    (2) http://blogues.journaldemontreal.com/bock-cote/general/francois-legault-et-twitter/

  7. lagabrielleleblanc dit :

    Sujet intéressant. Il est important dans le domaine des relations publiques de préparer les portes-paroles à toutes éventualités. La différence avec la politique est que, même si une image positive est toujours de mise, elle l’est d’autant plus en période électorale. Le gain capital a à être fait à ce moment. Je pense que dans cette période intense, tous les candidats tentent de maximiser leurs chances d’être élus et cette technique de mise en scène ne fait pas exception à cette tactique. Il est bien connu qu’en politique, beaucoup de politiciens utilisent les services de rédacteurs. La « scénarisation » de certains aspects de la vie politique n’est pas chose nouvelle.

    Le danger de la tactique de scénarisation du politicien réside dans l’impression de perte d’intégrité qui peut être ressentie par le public. Comme une organisation ou une entreprise, la transparence et l’authenticité seront toujours des qualités recherchées et mises de l’avant. La mise en scène peut inspirer une « dénaturalisation » du politicien et peut miner sa crédibilité. La crédibilité du politicien est capital puisqu’il est connu que l’électorat est volatil.

    Également, la scénarisation à ses limites. Une entrevue préenregistrée peut permettre la mise en exécution d’une mise en scène. Le candidat préparé pourra avoir une latitude pour rétablir certains faits et agir selon certaines lignes de partie ou certaines directives préétablies. Le problème réside dans le fait que la mise en scène formate davantage la forme que le fond. On a pu malheureusement s’en rendre compte, par exemple, lors du débat présidentiel entre Barack Obama et Mitt Romney. À la suite du débat, les médias internationaux étaient unanimes: Mitt Romney avait gagné le débat. Comment expliquer qu’un orateur comme Barack Obama (On peut se rappeler de l’engouement suscité par son discours de la Convention démocrate de 2004…) a pu si mal performer? Il est certain que celui-ci avait dut répeter et élaborer sa stratégie en compagnie de ses stratèges politiques. Mitt Romney, qui depuis le début de sa campagne présidentielle avait mené un discours plus à droite, a choisi de centraliser ses idées lors du débat. Sur plusieurs questions de fond, notamment sur les questions fiscales et celle de la couverture de son plan santé, le candidat républicain avait changé totalement de discours. Sous cette offensive plutôt inattendue, le président n’a pas été capable de répliquer. Il a même paru déstabilisé et hésitant. Et la suite, on la connait. Avant le débat, Obama était en avances dans plusieurs sondages nationaux. Il avait également une avance dans l’état de l’Ohio, état qui a historiquement un impact décisif sur le résultat de l’élection. À la suite du débat présidentiel, les sondages nationaux enregistraient une avance pour Romney.

    Il est donc dangereux de miser sur une scénarisation complète du candidat, et ce surtout en politique. Une metteur en scène peut certes être bénéfique, mais il ne pourra jamais remédier à une préparation rigoureuse des candidats. Sur le fond, davantage que sur la forme…

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