Les relations de presse en milieu culturel: ceci n’est pas de la vente à pression

Oeuvrant depuis plus de cinq ans comme journaliste culturelle, mon passage du côté des relations publiques me permet notamment de confirmer certains comportements que, d’instinct, mes collègues et moi considérions comme des « erreurs » chez des relationnistes. Celles que j’aborderai aujourd’hui concernent la première approche d’un relationniste devant intéresser un journaliste à un spectacle ou un artiste donné, que ce soit par quelques lignes de présentation dans un courriel, par le communiqué de presse ou par appel téléphonique.

D’abord, à proscrire :  miser sur l’emploi d’un flux de superlatif pour « vendre » ledit artiste ou spectacle. Le journaliste vous dira : «  laisse-moi faire mon travail et juger si c’est le spectacle le plus formidable, avec les comédiens les plus sensationnels et talentueux de la décennie. » Bref, ce vocabulaire digne d’une vente à pression n’est pas approprié pour créer un pont avec le journaliste. Normand Provencher confiait d’ailleurs à sa collègue Josée Lapointe pour son article Journalistes culturels et relationnistes : donnant-donnant et renvoi d’ascenseur (voir références) : « Mon seul bogue, c’est lorsqu’elles (les relationnistes) essaient de m’influencer dans mes opinions et dans mon jugement sur l’importance d’un sujet. »

Dans son ouvrage Le métier de relationniste (éd. Les Presses de l’Université Laval, 2000), Bernard Dagenais parle d’ailleurs de l’étiquette de « manipulateur » qui déjà colle à la peau du relationniste. Du coup, une méfiance demeure sous-jacente. Le journaliste n’est pas dupe : il sait bien que celui-ci a « la tâche avouée de mettre en valeur les dimensions positives de l’organisation pour laquelle il travaille, » comme le rappelle M. Dagenais, qui souligne également  qu’entre journaliste et relationniste, il y a aussi une relation d’interdépendance. Le plus souvent, le journaliste croule sous les sujets potentiels; nous avons donc tout à gagner à jouer le jeu d’une séduction disons amicale et intelligente.

« Plus que de la séduction, j’appellerais ça de la flexibilité et même de la psychologie. Il faut bien connaître la personne à qui l’on s’adresse afin de faire ressortir l’aspect qui saura capter son attention, » a fait remarquer Lauraine Gagné  lors de la table ronde Vendre le théâtre (1985). Le tout, sans perdre de vue la fonction première des relations publiques  qui est non pas de vendre sous pression, mais de « comprendre, communiquer, rapprocher », rappelle Guy Versailles dans son billet  Les RP sont des pommes, le marketing des bananes.

Pour s’acquitter de cette mission auprès des médias culturels, résumons quatre conseils de bases :

  • Bien connaitre la compagnie, l’artiste et/ou le spectacle que vous devez représentez afin de savoir résumer en en peu de mots les aspects positifs et pertinents pour le journaliste : ce qui suscitera leur intérêt, c’est du contenu pour ensuite se faire eux-mêmes une opinion, pas de la poudre aux yeux pour les éblouir.  (Par exemple, pour une pièce de théâtre :  le sujet de la pièce fait écho à telle préoccupation actuelle de notre société, le metteur en scène use de telle nouvelle technologie, le texte a reçu tel honneur, l’acteur a enthousiasmé les critiques dans telles précédentes productions…)
  • Oui, il faut faire ressortir les aspects positifs, mais l’éthique nous dit de le faire sans gonfler ou déformer la réalité, et sans mentir bien sûr.
  • Bien connaître les médias à qui vous vous adressez, ce qui signifie de connaître leur public cible et les sujets qu’ils privilégient (par exemple, Le Devoir n’a pas le même mandat que le Journal de Montréal) : vous saurez sur quelles ficelles vous pourrez tirer en priorité afin de capter  leur attention.
  • Soyez diplomate et amical (sans perdre votre naturel, bien sûr), mais parlez aussi avec une ferme conviction et avec enthousiasme (encore là, gare aux excès).

**J’ose excéder davantage la «  longueur idéale d’un billet » pour l’ajout d’un petit conseil bonus**  :

Le journaliste n’aime pas sentir qu’on le considère comme un élément d’une stratégie de marketing. En ce sens, sachez que demander à un journaliste de vous envoyez avant publication le texte issu d’une entrevue par exemple (dans un but avoué ou non de « l’approuver »), c’est mal connaître son métier, voir le mépriser : celui-ci vous rappellera probablement (et pas peut-être pas très gentiment)  la différence entre un article journalistique et un publireportage. En plus de nuire à votre relation avec le journaliste, cela pourrait donner une impression de fabrication et de contrôle d’image, donc d’un manque de transparence et d’authenticité: cela nourrira la méfiance et nuira à votre client.

Références:

Journalistes culturels et relationnistes : donnant-donnant et renvoi d’ascenseur, par Josée Lapointe (mars 2000)
http://www.fpjq.org/index.php?id=119&tx_ttnews[tt_news]=1451&tx_ttnews[backPid]=175&cHash=05605674e0

Vendre le théâtre : table ronde (1985)
Animée par Francine Bernier
http://www.erudit.org/culture/jeu1060667/jeu1066448/27029ac.pdf)

Les RP sont des pommes, le marketing est une banane
par Guy Versailles (pour le blogue Relations publiques!)
http://guyversailles.blogspot.ca/2010/01/les-rp-sont-des-pommes-le-marketing-est.html

Séduire les médias pour informer ses publics
(Site de l’AGECIF  les formations des professionnels de la culture)
http://agecif.com/formations/2021-rediger-un-communique-de-presse.html

Le métier de relationniste, par Bernard Dagenais (éd. Les Presses de l’Université Laval, 2000)

Publicités
Cet article, publié dans Travaux étudiants, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Les relations de presse en milieu culturel: ceci n’est pas de la vente à pression

  1. J’adore vos conseils Pascale. Il est vrai qu’il est primordial de bien connaître les médias à qui l’on s’adresse. Il faut effectivement connaître leur public cible et les sujets qu’ils privilégient. Votre exemple concernant la différence du « Devoir » et du « Journal de Montréal » est éloquent.

    J’ai découvert dernièrement les recommandations d’ordre général de Nathalie Courville, consultante en communications & marketing culturel et spécialiste des marques événementielles, en matière de relations de presse. Elle offre des séminaires de management culturel. Les conseils de cette dame vont dans le même sens que les vôtres.

    Voici donc un petit complément intéressant à lire sur le sujet fort intéressant des relations de presse dans le secteur culturel : http://www.gestiondesarts.com/index.php?id=1256

    • pasqale01 dit :

      Merci Martine pour votre commentaire, et merci aussi pour ce complément d’information fort pertinent. En effet, je découvre en Nathalie Courville une référence bien intéressante en ce qui concerne le secteur culturel. Car ce milieu présente certaines particularités qui, en relation de presse, le diffère quelque peu de d’autres sphères. D’ailleurs, dans son ouvrage LE MÉTIER DE RELATIONNISTE, Bernard Dagenais cite Mme Courville à ce propos:  » Les relationnistes du milieu culturel se perçoivent à part des autres. En politique ou en économie, leur mandat c’est de retenir l’information. Nous, au contraire, on veut la voir circuler au maximum. On ouvre les ponts et on se sert de ponts.  » Bon, on fait davantage référence ici à la portion du travail concernant les promotions d’artistes, de spectacles, de lancements de livre, etc. Car, bien sûr, on comprend que le milieu culturel présente d’autres besoins et situations appelant des tâches communes à d’autres sphères du vaste champ des relations publiques. Par exemple, la sphère culturelle n’est pas exempt de situations de crise à gérer (on a pu le constater récemment avec les mésaventures de certains humoristes…)!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s