Quand la confiance n’y est plus : la FAÉCUM demande la démission du recteur Guy Breton

Lors d’un congrès extraordinaire tenu le 9 octobre dernier, la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM (FAÉCUM) a adopté une motion réclamant la démission du recteur Guy Breton. Les étudiants reprochent au recteur le bris de confiance survenu suite à la présence policière accrue sur le campus les 27 et 28 août dernier, alors que les étudiants défendaient leur vote de grève.
D’ailleurs, quelques semaines auparavant, plusieurs associations étudiantes avaient déjà demandé la démission du recteur dans une lettre ouverte publiée dans le Devoir.

Communiquer pour « reconstruire ce qu’il y a à reconstruire »

Suite aux événements de la fin août, aucune communication n’est faite par le bureau du recteur, ce dernier refusant toute demande d’entrevue alors que l’UdeM est en ébullition (voir ici et ici). Il va falloir attendre le message officiel du recteur, titré Une rentrée hors de l’ordinaire, pour avoir une première réaction. Le recteur publie un message qui se veut rassembleur, mais qui cache difficilement le malaise sous un mélange de fausse joie, d’optimisme et de multiples défis/problèmes à peine effleurés.

Par la suite, lors de la déclaration annuelle le 15 octobre, Guy Breton justifie son appel à l’intervention policière, mais à aucun moment il ne mentionne la demande de démission dont il fait objet. À la question d’une étudiante membre de la FAÉCUM sur ce qu’il envisage pour regagner la confiance des étudiants, le recteur finit par (presque) saisir la balle au bond : « Nous avons déjà une réunion de prévue pour que vous puissiez m’expliquer de vive voix tout cela (…). Les médias m’interpellent pour me parler d’un bris de confiance, mais j’aimerais plutôt qu’on s’assoie ensemble et qu’on puisse reconstruire ce qu’il y a à reconstruire.» La FAÉCUM précise que la réunion en question était déjà prévue avant la motion du 9 octobre.

La confiance, un tango qui se danse à deux

Ces dernières semaines, le recteur Guy Breton a fait tout à fait l’inverse de ce qui est suggéré dans la communication de crise, soit reconnaître l’existence du problème, être ouvert et transparent et réagir rapidement. Le recteur ignore les inquiétudes de la communauté universitaire et fait la sourde oreille à la motion du 9 octobre. Il ne crée aucune occasion de communication, au contraire, il les refuse. Ce n’est que lorsqu’interpellé par les étudiants qu’il décide enfin d’offrir une réponse et exprime son ouverture et son désir de reconstruire les relations. Un échange qu’il mène sur un ton mi-paternaliste, mi-victime, tout en défendant fortement sa décision autour du 27 août.

Le recteur manque ainsi l’occasion de lancer lui-même un dialogue direct et transparent avec les étudiants, étape essentielle pour regagner leur confiance. La déclaration dans la Presse de son porte-parole, alors qu’aucune communication n’avait été encore entamée auprès des étudiants – public interne premièrement concerné -, est loin d’être une réaction stratégique. De plus, son message devrait refléter l’ouverture et le désir de dialoguer, et à aucun moment la défensive.

Ce cas montre que lorsqu’il s’agit d’un bris de confiance, il n’y a pas de place pour l’improvisation, surtout dans le contexte de la « crise étudiante » prolongée qu’a vécue le Québec cette année. D’où la recommandation pour le cabinet du recteur de bonifier son plan de communication en y greffant un guide de gestion et de communication de crise ou du moins des lignes directrices pour mieux évaluer les situations sensibles et proposer des actions de relations publiques efficaces.

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2 commentaires pour Quand la confiance n’y est plus : la FAÉCUM demande la démission du recteur Guy Breton

  1. heloisegautier dit :

    Bonjour Madalina,

    Ton billet est très intéressant concis et clair.
    Comme tu le mentionnes dans ton billet, Guy Breton aurait dû dès le départ réagir face à la motion réclamant sa démission, être ouvert au dialogue, à la critique et s’adresser avec transparente et franchise face aux étudiants.

    « Faire comme si rien ne s’était dit/passer » n’a jamais été un choix judicieux et probablement une des pire réactions possibles, quelque soit l’organisation.
    Surtout ici compte tenu du contexte, c’était tout simplement impossible que la motion adopté par la FAÉCUM passe aux oubliettes.

    Je te rejoins sur le fait que le cabinet du recteur devrait se pencher sérieusement sur l’analyse de gestion de crise et prévoir un plan à cet effet. Guy Breton a perdu à la fois la confiance des étudiants mais aussi sa crédibilité au vu de son attitude.

    Selon moi, la seule façon aujourd’hui pour lui de recréer un début de relation de confiance avec les étudiants serait de revenir de lui-même sur la motion réclamant sa démission mais également d’expliquer pourquoi il n’en a jamais parlé. Avouer son erreur, s’en excuser et entamer un dialogue sincère avec les étudiants.

    Qu’en penses tu ?

  2. madalinaburtan dit :

    En effet, la solution serait d’entamer le dialogue avec les étudiants. Je crois qui compte sera de montrer qu’il veut réellement être à l’écoute des étudiants, de créer des occasion et de moyens de communication, le tout avec de l’ouverture et de l’écoute, sans essayer de le faire pour l’image uniquement. Et surtout sans essayer de se justifier comme il l’a fait pendant la déclaration annuelle. Le dialogue devrait être constructif et axé sur l’avenir. Il y a une relation de confiance à construire, et ça prend de la volonté et de l’écoute de la part du recteur.

    Je sais pas si l’excuse serait une solution, après tout c’est une décision de gestion qu’il a prise et qu’il a défendue à plusieurs reprises. Et entre nous, est-ce que ça se fait vraiment dans la vie réelle, surtout venant de la haute direction ? Et dans un cas comme celui-ci ?

    Disons que le dialogue ouvert et une meilleure écoute des étudiants et de la communauté universitaire contribueraient déjà à mettre de bonne bases pour regagner leur confiance.

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