La fraternité nuit-elle aux RP de la police?

Marc Parent à la défense des policiers.

Le printemps érable, ça vous dit de quoi? Désormais, les mots manifestation étudiante riment plus avec répression, arrestation, injure, coups bas, loi contraignante et amende salée, et un peu moins avec liberté d’expression, revendication et paix sociale. Le travail des forces policières, certes difficile, fut très certainement la proie de l’opinion publique, leur travail étant scruté à la loupe. Nombre de vidéos filmant le travail des policiers ont circulé sur les réseaux sociaux. Cette période de turbulence s’est soldée par plusieurs arrestations, musclées ou non, amendes, blessures et parfois même, des démonstrations d’une violence inouïe. Certains défendent, d’autres accusent et en appel à la brutalité policière. D’autres encore revendiquent une commission d’enquête sur le travail des policiers pendant le fameux printemps érable. Lors des nombreux points de presse, nous n’avons jamais entendu Marc Parent, chef du SPVM, blâmer ses troupes. Pas un mot de réprimande, au contraire, des éloges seulement, pour les policiers et policières qui étaient tous les soirs dans les rues. Du travail exceptionnel, dit-il, des êtres humains fatigués, mais qualifiés, agiles, alertes.

Puis, il s’excuse. Message contradictoire?

Il y a quelques semaines, une autre vidéo a fait le tour des médias sociaux et traditionnels. Le centre d’attention de cette vidéo est Stéphanie Trudeau, policière à la Ville de Montréal, bien connue par les trois chiffres de son matricule, 728, et désormais tristement célèbre pour ses frasques brutales et ses commentaires grossiers, emplis de préjugés. Un peu après que le « scandale » eut éclaté, Marc Parent s’est présenté aux médias pour s’excuser aux victimes du travail maladroit de son agente de la paix, et de ses paroles injurieuses. Des excuses policières, c’est rare. Marc Parent défend l’intégrité de ses troupes, les valeurs d’exception transmises par la fraternité des policiers, et blâme Stéphanie Trudeau parce que ses gestes et ses paroles, ainsi présentées au public dans la vidéo, ne représentent pas le digne travail d’une policière. M Parent est aussi concerné par la manière dont l’information s’est transmise au sein de la police de Montréal. Plusieurs questions viennent à l’esprit. Est-il commun de ne pas informer les supérieurs immédiats de tels actes pour conserver l’idéal de fraternité des policiers? Est-ce que la fraternité des policiers nuit aux relations publiques et internes du SPVM? Lorsque M Parent félicite ses agents de leur travail exceptionnel, essaie-t-il de convaincre la population que ses troupes ne débordent jamais du cadre, n’injurient jamais gratuitement, que leur travail est irréprochable? N’y-a-t-il pas confusion ou contradiction dans les messages qu’envoient M Parent aux publics externes? Il y a de quoi questionner les communications internes, comme le fait M Parent lui-même, et externes du SPVM, pour mieux revoir les stratégies et moyens de diffusion d’information à l’intérieur même de l’organisation et aux médias. La relation de confiance entre le SPVM et le public semble s’être gâtée, qu’en est-il de celle qui existe entre les agents et leurs supérieurs?

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6 commentaires pour La fraternité nuit-elle aux RP de la police?

  1. Alain Charbonneau ARP dit :

    Quand la puissante Fraternité attaque publiquement la crédibilité du maire, comme elle l’a fait deux fois récemment, elle fait de la politique, ce qui n’est pas son rôle. Un syndicat doit se tenir loin du politique et faire en sorte que le politique se tienne loin de la police. C’est fondamental en démocratie.
    La Fraternité ne fait pas de bonnes relations publiques lorsqu’elle «couvre» tous les comportements, même répréhensibles, de ses membres. Dans ces cas, sa crédibilité est nulle et son comportement nuit à l’institution qu’est la police.
    D’autre part, j’ai trouvé remarquable que le chef Parent ait présenté des excuses à la suite du comportement répréhensible d’une agente. Voilà une preuve de leadership qui tranche avec les attitudes ambigües et timorées de ses prédécesseurs. Gestion de crise 101 : mettre ses culottes.

  2. marilyneleroux dit :

    Dans une gestion de crise, il ne faut jamais oublier le contexte que l’a déclaché. Depuis la fin de la crise étudiante, le SPVM tente par plusieurs moyens de rebattir une certaine crédibilité avec le public. Par contre, la comparaison entre les deux situations me semblent un peu « tirer par les cheveux ». Les comportements et les actions commises par les policiers durant les manifestations ou autres démonstrations du mécontentement de la population face aux décisions du gouvernement ne sont pas réellement comparables à celle de la policière Stéphanie Trudeau. Tu compares un sac de pommes avec une seule et unique pomme. Lorsqu’on cherche à faire une comparaison, il ne faut jamais oublier le contexte. Et de ce fait, le contexte est énormément différent. Les deux crises ne sont pas prises en charge de la même manière. Je ne veux pas faire ce commentaire pour faire l’éloge des attitudes des policiers lors du « printemps érable », mais en même temps, les circonstances ne sont pas les mêmes. Nous pouvons les critiquer ou les haïr (pour certains du moins). Mais la fraternité existe pour des raisons bien particulière dans la police ou, si nous pouvons ajouter un exemple, l’armée. Le métier de policier est difficile et exigeant, le soutien entre les coéquipiers (ères) est essentiel pour la sécurité, la confiance et l’unité. Peut-être va-t-elle un peu trop loin dernièrement? Tes questions sont excellentes, car elles interrogent les lecteurs et remettent en doute certaines choses qui semblaient être figées.

    Par contre, pour ma part, il n’y a donc pas confusion dans les déclarations de M. Parent parce qu’il s’excuse pour un action particulier fait à l’endroit de personnes précises. En ce qui concerne la situation avec Stéphanie Trudeau, tu poses la question suivante : « Est-il commun de ne pas informer les supérieurs immédiats de tels actes pour conserver l’idéal de fraternité des policiers » ? Si tu faisais une grosse bêtisse, serais-tu enthousiaste à l’exprimer à tes supérieurs. Il va de la de juger de la compétence de la policière oui. Mais les deux cas que tu présentes ne devraient pas être jugés sur le plan des communications (relaitons publiques) de la même façon et ensemble.

  3. veroniquecloutier dit :

    Merci pour vos commentaires constructifs. Pour y faire suite, j’aimerais préciser deux points :
    -Dans un premier temps, je voulais amener dans mon premier paragraphe qu’il existe des exemples filmés de dérapages policiers qui ont eu lieu au printemps, similaires au vidéo qui met en vedette Stéphanie Trudeau, dans les propos notamment, mais pour lesquels Marc Parent n’a fait aucun commentaire. Par exemple, je pense à la vidéo du policier qui lance du poivre de cayenne à des gens assis sur une terrasse (1), ou à celui qui commence à frapper un manifestant qui tient une banderole (2). Il est juste de dire que les contextes sont importants, mais dans les vidéos amateurs qui circulent sur internet, les contextes sont rarement explicités.
    (1)http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2012/05/20120525-073306.html
    (2)http://www.youtube.com/watch?v=J-nKMwNBw64
    -Dans un deuxième temps, les policiers ont un rôle important quant au respect de l’ordre, des lois et des règlements. Ils portent une arme qui leur attribue un droit de vie ou de mort sur les citoyens qu’ils côtoient. Cela devrait être considéré comme un privilège. Lorsqu’ils font une grosse bêtise dans le cadre de leur travail, et ceci est mon opinion, ils ont un devoir qui cadre avec l’importance de leur fonction, d’en témoigner à leur patron, parce que les conséquences de cette même bêtise peuvent être graves, et en appeler à un abus de pouvoir.

  4. Alain Charbonneau ARP dit :

    Je ne suis pas d’accord avec l’afirmation suivante sur les policiers qui « portent une arme qui leur attribue un droit de vie ou de mort sur les citoyens». Les policiers doivent utiliser leur arme que dans des cas de ligitime défense ou de présomption de ligitime défense. C’est un droit très restreint et qui ne constitue pas un droit de vie ou de mort sur les citoyens, ce qu serait bien arbitraire. Nuance.

    • veroniquecloutier dit :

      Je vais préciser ou nuancer mes propres propos. Quand je dis que les policiers ont un droit de vie ou de mort sur les citoyens, je devrais préciser que ce droit doit être contextualisé et circonstanciel, légitimé par leur analyse de la situation. Lorsque les policiers sont amenés à utiliser leur arme à feu, dans certaines situations justifiées par l’action, ils détiennent le droit d’immobiliser la personne en cause en l’utilisant, et de possiblement l’abattre au cours de l’action. L’arme à feu qu’ils utilisent a le pouvoir de tuer. On ne peut pas nier ce fait. Même si tuer n’est pas la finalité de l’action, ça doit être considéré comme une possible conséquence de cette action. La finalité de l’action est d’immobiliser la personne pour procéder à l’arrestation. De la même manière qu’en utilisant la matraque, dans certaines situations justifiées par l’action, le fait de pouvoir l’utiliser dans le cadre de leur devoir/fonction signifie qu’ils détiennent le droit de possiblement blesser la personne qu’ils souhaitent immobiliser. Ça devient même presque inévitable. Toutefois, il faut que l’utilisation de ces armes soit toujours justifiée par le contexte, les faits, leur analyse de la situation.

  5. Alain Charbonneau ARP dit :

    Erreur de frappe affirmation.

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