Le fast food de l’information : le cas de la carte des agresseurs sexuels dans Le Journal de Montréal

L’information circule, de nos jours, à une vitesse phénoménale. Que ce soit dans le métro, le train ou dans une automobile en pleine heure de pointe, nous avons la possibilité de consulter les toutes dernières nouvelles, via nos cellulaires et les applications mobiles, les comptes Twitter ou les pages Facebook.

Mais cette abondance d’informations amène aussi son lot de désagréments. Sources peut fiables et crédibles, opinions non-nuancés, diffusion d’informations non-vérifiées, recherche du sensationnalisme par les journalistes pour se démarquer. Jamais nous n’avons été à la fois autant informés et désinformés.

Fin septembre dernier, Le Journal de Montréal publie ce qu’il appelle « Notre carte des agresseurs sexuels » . Cette petite carte remplie de points colorés répertorie les secteurs où vivent de présumés auteurs d’agressions sexuelles dans les villes de Montréal, Laval, Longueuil et Québec.

D’abord, le titre (choc) nous induit en erreur sur le contenu. Il ne s’agit pas ici des personnes reconnues coupables d’avoir commis une agression sexuelle comme le suggère le titre, mais plutôt de celles accusées d’un tel crime. Néanmoins, tout au long des entrevues, M.Pigeon, journaliste derrière ce dossier, fera usage du terme agresseurs.

Ensuite, dans l’ensemble des reportages sur le dossier, les images présentées à l’écran évoquent des lieux fréquentés par des enfants. Et les personnes interviewées sont, pour la plupart, des parents. Rappelons que l’article dans Le Journal de Montréal porte, à la base, sur les agressions sexuelles, et non uniquement les cas d’inceste.

En quoi la publication de telles données est-elle pertinente? Ne relève-t-elle pas du sensationnalisme? Ne crée-t-on pas plutôt avec cet article un sentiment d’insécurité public non-fondé? Que feront les gens avec ces informations? « Se faire justice » comme dit l’un des hommes interviewés à TVA Nouvelles? Choisir leur lieu de résidence en fonction de la carte, afin de protéger leurs enfants? Alors que les recherches sur les agressions sexuelles révèlent que la majorité d’entre elles sont perpétrées par une personne connue et proche de la victime (bien souvent, un membre de la famille)?

Liens pertinents :

http://tvanouvelles.ca/video/1867290917001/carte-des-agresseurs-entrevue-avec-m-pigeon/

http://voir.ca/veronique-robert/2012/09/29/minouches-dans-le-dos/

Source de l’image: http://alyaexpress-news.com/

A propos guenettemelanie

Je ne suis pas une spécialiste en bières, je ne suis ni une bièrologue, ni une ciceronne. Je laisse aux experts le mérite qui leur revient! Je suis plutôt une gourmande de naissance, une amoureuse de la bière, une exploratrice qui aime partir à la découverte de nouvelles saveurs et de nouveaux lieux. Comme je suis dévouez à mes lecteurs, il me fera plaisir de me sacrifier, et de me prêter à la visite de microbrasseries, brasseries et évènements liés à la bière. Je vous propose donc une petite visite guidée des lieux où la bière est à son meilleure… et où elle coule à flots!
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Un commentaire pour Le fast food de l’information : le cas de la carte des agresseurs sexuels dans Le Journal de Montréal

  1. madeleinebrunet dit :

    Bonjour Mélanie,

    J’ai lu avec grand intérêt ton billet. Cependant, je vois les choses sous un autre angle que le tien. Le Journal de Montréal se fait régulièrement reprocher son manque de rigueur journalistique. Les journalistes donnent dans l’émotif, pas dans l’analyse. On est souvent dans l’à-peu-près.
    Je ne suis pas une fan du Journal de Montréal et je ne l’ouvre que rarement. C’est normal, je ne fais pas partie de son public cible.
    En termes de relations publiques, le groupe Québécor Média me semble être en plein contrôle de la situation :

    • Publics cibles : J’en vois deux
    1. les gens qui s’intéressent à une information de proximité et qu’ils comprendront sans avoir à s’en remettre à des avis d’experts qui parsèment leur discours de nuances.
    2. les « buveurs de café » qui lisent le journal au restaurant ou durant leur pause, vite avant de retourner travailler.

    • Les besoins du public cible : une information simple et accrocheuse. Pour les uns, il s’agit de nouvelles qui les touche humainement. Les autres veulent s’informer rapidement tout en relaxant. Le journal ne leur soumettra aucune information qui ne viendra pas combler directement ces besoins. Faire la distinction entre « accusation » et « condamnation », c’est tomber dans le détail pour eux.

    • Le message clé : « on vous dit les vraies affaires, celles qui comptent vraiment ».

    • La stratégie : des photos, de la couleur, des titres qui attirent l’attention. À ce chapitre, mon préféré est « Marathon sexuel mortel » qui a fait la une le 22 octobre dernier. J’avoue avoir ouvert le journal pour comprendre… Le Journal de Montréal a compté une lectrice de plus cette journée-là. Si leur objectif est d’accroître leur lectorat, ils ont réussi.

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