Lorsque vos paroles reviennent vous hanter deux ans plus tard…

Les paroles s’envolent et les écrits restent ? Attention : les paroles aussi restent parfois et peuvent même revenir vous hanter à retardement ! C’est ce qu’a appris à ses dépens le candidat à la direction du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau très récemment.

Dans une entrevue accordée il y a deux ans, à l’émission Les Francs-tireurs, M. Trudeau avait déclaré : « Le Canada fait dur maintenant parce que c’est des Albertains qui contrôlent notre agenda communautaire et sociodémocratique et ça marche pas. » Cet extrait a refait surface, le 22 novembre dernier, dans un article de Sun Media, que les conservateurs, fort réjouis, ont fait circuler.

 

Une gestion de crise rapide

L’équipe des relations publiques de M. Trudeau a rapidement publié un communiqué dans lequel elle accuse les conservateurs d’utiliser « des déclarations hors contexte effectuées il y a des années […] » afin de lancer une campagne de dénigrement visant à donner un second souffle aux conservateurs à l’approche d’élections partielles à Calgary. Le 23 novembre, M. Trudeau s’est excusé publiquement. Il a soutenu que ses propos ont été mal interprétés.

Je suis en accord avec les propos de Manon Cornellier, blogueuse pour L’Actualité.com. Cette première crise à gérer influencera grandement la campagne de M. Trudeau à la direction du parti.

Prévoir l’imprévisible

L’idée ici n’est pas de traiter de politique, mais bien de soulever qu’en politique justement, c’est bien sûr, chose courante que d’exploiter les faux pas antérieurs de son adversaire. C’est pourquoi il s’avère de rigueur d’être entouré d’une excellente équipe de relationnistes. Je crois que la gestion de cette crise par l’équipe Trudeau a été assez efficace, mais aurait-elle pu encore mieux se préparer, en tentant de prévoir l’imprévisible, avant même la tempête (avant même la fameuse entrevue) ?

 « Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu’elles ne surgissent. Celui qui excelle à vaincre ses ennemis triomphe avant que les menaces de ceux-ci ne se concrétisent. »

Sun Tzu, L’Art de la guerre.

« Accepter une entrevue, c’est comme jouer à la roulette russe : vous ne savez jamais quelle question va vous tuer. »

 Un critique des médias américains.

Préparer une personnalité publique à ce genre d’entrevue télévisuelle doit être une tâche fastidieuse, mais fort intéressante. Voici quelques questions que je me suis posées en tant que « future relationniste » à la suite de cette controverse :

  • Justin Trudeau a-t-il été piègé par Patrick Lagacé ?
  • Aurait-il été possible de mieux le préparer pour cette entrevue télévisée ?
  • Y était-il invité à titre de simple citoyen ou de politicien ? Est-ce que cela change la donne ?
  • Avait-on remarqué cette bévue en 2010 ?
  • Prépare-t-on une telle entrevue télévisuelle au même titre qu’un discours politique très sérieux ?
  • Est-ce qu’un rédacteur peut être utile pour rédiger des questions-réponses préparatoires dans ce genre de cas ?

Carole Lavallée

En juillet dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer une consultante en affaires publiques de renom au Québec : Mme Carole Lavallée. Elle et quatre collègues, sont les instigateurs du site Internet : Stratèges-en-com.com. Ils donnent des « ateliers-conférences sur mesure » en gestion de crise médiatique. Pierre Gince, un des leurs, a d’ailleurs écrit un billet à leur sujet.

Mme Lavallée donne l’atelier intitulé : « Gérer les relations de presse en période de crise : s’outiller pour affronter les médias. » Elle y propose par exemple, quatorze types de questions que les journalistes peuvent poser à un porte-parole. Elle y enseigne ensuite, comment l’aider à y répondre en fonction des messages à livrer.

Il aurait été intéressant d’inviter Mme Lavallée comme conférencière lors de nos cours. Il est malheureusement un peu tard dans la session. Je propose donc son nom comme invitée pour les futurs étudiants ! Et vous, chers lecteurs externes qui contribuent à ce blogue, je vous invite évidemment aussi à vous informer sur les services de ces experts.

Selon vous, l’équipe de M. Trudeau aurait-elle dû voir venir la controverse potentielle et encore mieux s’y préparer… voire même, mieux préparer l’entrevue au départ ?

Êtes-vous intéressés en tant que futurs relationnistes par ce genre de tâche : préparer une personnalité connue pour une entrevue télé?

Est-ce qu’une conférence de la part de Mme Lavallée à ce sujet aurait pu vous intéresser ?

A propos martinelecuyer

Étudiante en relations publiques à l'Université de Montréal en 2012.
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3 commentaires pour Lorsque vos paroles reviennent vous hanter deux ans plus tard…

  1. emmanuellebrub dit :

    Bonjour Martine.

    Justin Trudeau baigne dans la politique depuis belle lurette. Je crois qu’il aurait dû penser à ses actes et ses paroles à l’époque en prévision du futur. Il me semble être un homme brillant et des bavures de la sorte sont plutôt inacceptables venant d’un homme qui connait très bien la politique et ses enjeux. Je crois que oui l’équipe de relations publiques derrière M. Trudeau aurait dû voir venir la controverse possible et s’y préparer davantage. Une équipe de relations publiques doit tout préparer et prévoir. Elle doit avoir un plan pour la gestion de crise qui doit avoir été testé, surtout lors d’une période comme celle de la course à la chefferie du partie. Nous savons pertinemment que ses périodes sont sources d’allégations négatives envers les concurrents et que c’est l’occasion pour les journalistes de ressortir les mauvais coups des candidats les plus en vue afin de créer une histoire et du sensationnalisme.

    On n’a pas fini d’en entendre parler, c’est à suivre!

  2. Christiane Vien dit :

    Très pertinent! Je crois que tu as raison de souligner que pendant une course à la chefferie ce n’est pas le moment de faire des gaffes. Quand on est gaffeur comme M. Trudeau, l’équipe aurait du prévoir. Comme on l’a vu avec madame Marois faire un pas en avant et deux pas en arrière n’est pas bien perçu et prête flan aux critiques des adversaires et des journalistes.

  3. courtelyne dit :

    Il est clair que ça doit être très intéressant d’entendre les moyens pour bien se préparer à une entrevue. Je suis très curieuse d’entre Mme Lavallée à ce sujet. De plus, je crois qu’en tant que personnalité publique, M. Trudeau et son équipe auraient dû et pu mieux se préparer. Ça joue dur en politique et les couteaux volent bas. Donc, vaut mieux se préparer le mieux possible.

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