TC Media : tempête pour un contrat

« C’est réglé. On écoute. »

C’est ce qu’a affirmé Lise Paul Hus, vice-présidente du secteur des solutions aux consommateurs du Groupe Transcontinental, en entrevue au Devoir le 21 septembre dernier.

TC Media venait tout juste de mettre un terme à la bataille médiatique qui l’opposait à une vaste coalition d’associations professionnelles de partout au pays depuis huit longs mois.

Huit mois pendant lesquels l’entreprise a fait la sourde oreille, laissant ses fournisseurs pigistes s’organiser pour faire front commun, mener un tapage terrible sur les médias sociaux et miner la réputation de l’organisation. En définitive, TC Media s’est complètement rétracté faute d’avoir été bien préparé.

Logo TC Media

Chronique d’un buzz annoncé

Rappelons les faits. En février 2013, les termes du nouveau contrat que TC Média tente de faire signer à ses pigistes sont diffusés par The Story Board. On y apprend que l’entreprise exige que ses journalistes pigistes lui cèdent leurs droits d’auteur pour toutes les plateformes, dans le monde entier, à jamais; et qu’ils renoncent également à leurs droits moraux (leur droit de regard sur toute modification excessive de leur travail).

Logo Twitter et hashtagLa nouvelle est relayée sur le Web, les associations de pigistes s’insurgent, le sujet est commenté dans les médias de masse par Stéphane Baillargeon dans Le Devoir et Nathalie Collard dans La Presse; le nouveau hashtag #nesignezpas est utilisé des centaines de fois sur Twitter et des personnalités publiques telles que Marie-France Bazzo et Guy A. Lepage prennent ouvertement position contre le géant des communications. Même le Ministre de la Culture et des Communications est interpelé.

On parle de corporate bullying, d’intimidation d’affaires. La crédibilité de TC Media est ébranlée lorsqu’un avocat spécialisé en droit d’auteur réfute les arguments avancés par l’organisation pour justifier son contrat dans une entrevue fortement relayée sur les réseaux sociaux.

Le déni

TC Media n’a pas su reconnaître dans l’introduction de son nouveau contrat un enjeu de relations publiques. Or, il ne s’agissait pas d’une simple opération administrative : les clauses du nouveau contrat avaient des conséquences énormes pour les journalistes indépendants; et ceux-ci ne sont ni des fournisseurs ordinaires, ni des salariés captifs. Ils savent articuler leur mécontentement et le faire entendre.

Qui plus est, ils sont représentés par des associations très actives. Dès mars 2013, plusieurs d’entre elles prennent position de façon virulente contre TC Média, dont :

Malgré leurs demandes concertées et répétées, TC Media a systématiquement refusé de s’entretenir avec ces associations. « Nous privilégions une communication directe avec nos pigistes dans le cadre de nos activités courantes » a répété le président de TC Media, Ted Markle.

C’était sous-estimer la ténacité de ces associations et l’habileté des pigistes de l’information pour créer un buzz.

Aujourd’hui, l’AJIQ, la CMG et les autres se félicitent d’avoir fait plier le géant grâce à leur mobilisation. Mais il manque, à mon avis, un détail dans l’équation : le moment de vulnérabilité.

Volte-face  avant Véro 

Car tout buzz a une durée limitée.

La stratégie de TC Media semblait claire : tenir ça mort. Ne répondre à aucune demande d’entretien de la part des associations; attendre que les médias et les personnalités publiques se désintéressent de la cause.

C’était bien joué : depuis le printemps dernier, la controverse semblait s’être laissé oublier. Alors pourquoi avoir reculé?

Un indice : le contrat révisé a fait surface au moment où l’entreprise s’apprêtait à lancer son nouveau magazine Véro.

magazine VéroLa perspective de réveiller le débat à l’occasion de ce lancement en grandes pompes a-t-elle eu raison de la détermination du géant? Le risque que les associations récupèrent l’attention médiatique pour faire valoir leur point était bien réel.

Ce lancement de produit a rendu l’organisation vulnérable.

TC Media aurait dû prévoir le coup et négocier avec les représentants des associations les plus influentes il y a plusieurs mois. Elle aurait probablement réussi à maintenir certaines réformes qu’elle désirait apporter au contrat de ses pigistes. Dans l’urgence, elle a dû reculer en bloc.

Pour les personnes directement impliquées dans la bataille, TC Media n’a aucune crédibilité lorsque Lise Paul Hus affirme : « Nous avons écouté parce que c’est une des grandes forces de notre entreprise d’écouter ses collaborateurs. »

Mais pour le grand public, l’entreprise a sans doute réussi à maintenir une image de bon citoyen corporatif. Parions que les exemplaires de Véro s’envolent des présentoirs à la vitesse grand V.

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