Justin Trudeau et la marijuana: le pari de l’honnêteté

Justin TrudeauDans un contexte d’indifférence et de désenchantement populaires frôlant la léthargie, que doivent faire les politiciens – et leurs relationnistes – pour intéresser la population? Justin Trudeau évoquerait sans doute les thèmes de l’honnêteté et de la transparence. On peut bien lui reprocher de manquer de fond, mais lorsque le chef du Parti libéral du Canada (PLC) admet avoir consommé de la marijuana à quelques reprises (entre autres lorsqu’il siégeait comme député), on peut difficilement l’accuser d’être malhonnête. Il n’en demeure pas moins que, pour les relationnistes, l’honnêteté, c’est un pari… Un pari calculé.

Connaître son public

Sans grande surprise, la majorité des Canadiens appuie un assouplissement de la loi sur le cannabis: un sondage réalisé par Angus Reid soutient que 57% des Canadiens sont en faveur de la légalisation de la drogue. Qui plus est, le groupe d’âge qui exerce le plus son droit de vote a vécu les années du peace and love où le pot n’en faisait pas sourciller beaucoup… Une telle déclaration avait également comme résultat d’intéresser (quoique temporairement) les 18-24 ans à la politique. « Hein?! Les Libéraux sont pour la légalisation du pot? » Ça ne date pas d’hier, mais maintenant tout le monde le sait.

Reste que l’appui à un député qui a déjà consommé la marijuana ne suit pas nécéssairement la courbe de l’appui à la légalisation.

Prévenir le risque

Un bon relationniste ne fait pas que bien gérer une crise. Certes, lorsque l’entreprise est dans l’eau chaude, l’équipe des PR doit pouvoir venir à la rescousse. Mais le plus gros travail des relationnistes est de prévenir les crises. Il en va de même pour le domaine politique. De façon générale, une faute est pardonnée plus rapidement si elle est admise de plein gré plutôt que dévoilée par les médias.

Il reste encore deux ans grosso modo avant les prochaines élections fédérales. Dans la mémoire de la population, deux ans c’est un peu de l’histoire ancienne. Deux ans sont amplement suffisants pour que la population accepte, pardonne et oublie que Justin Trudeau a pris une puff quand il était député.

La déclaration a aussi l’avantage de couper l’herbe (sans jeu de mots…) sous les pieds des opposants de Trudeau. Sa consommation aurait pu lui nuire si la révélation avait été faite par le Parti conservateur durant une campagne électorale. Quelque chose me dit que nous aurons tout de même droit à quelques publicités négatives à ce sujet…

Savoir où gagner

Voici quelques faits:

  • 58 députés néodémocrates ont été élus au Québec aux élections de mai 2011
  • Jack Layton était pour la décriminalisation de la marijuana
  • Justin Trudeau est accompagné de six autres députés québécois du PLC au Parlement.

Voici mes hypothèses :

  • La majorité des Québécois ayant voté NPD l’ont fait à cause de Jack Layton, décédé en août 2011.
  • Justin Trudeau tente de courtiser l’électorat québécois en intégrant la légalisation de la marijuana aux thèmes principaux de sa plate-forme.

new-jersey-pot-1280x960Un sondage Léger-Marketing affirme que 70% des Québécois jugent acceptable d’avoir fumé de la marijuana en tant qu’élu au Parlement. La sortie de Trudeau n’aura pas nécessairement pour effet de lui envoyer plus de députés à Ottawa, mais le contraire serait hautement improbable.

De mon côté, je juge que le chef du Parti libéral a bien calculé sa déclaration. Même si son pari a actuellement peu d’impact dans les intentions de vote, il permet d’éviter un scandale lors de la prochaine campagne. À moins qu’un député d’un parti adverse ne décide de demander où Trudeau achetait sa marijuana et, si, peut-être, un lien faiblement tissé pourrait potentiellement le lier au crime organisé…

Qu’en pensez-vous? 

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3 commentaires pour Justin Trudeau et la marijuana: le pari de l’honnêteté

  1. longrivard dit :

    Ma première réaction a été de trouver le coup d’éclat un peu insignifiant. J’ai pensé: ça y est, on est prêt à tout pour un peu de temps de d’antenne. Je me suis dit que c’était le retour du «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!».

    À bien y repenser, ça s’est avéré très stratégique tout ça. La meilleure façon de réduire l’impact d’une nouvelle c’est justement d’en contrôler le contenu. Crever l’abcès, quoi.

    Comme tu dis, il aurait été étonnant que l’info reste secrète bien longtemps. Si son aveu est utilisé contre lui lors d’une prochaine campagne électorale, fort est à parier que personne ne sera choqué.

  2. cbujold dit :

    Je suis d’accord avec le fait qu’il s’agissait là d’une bonne stratégie afin d’éviter un scandale lié à sa consommation de cannabis. Puisqu’en politique ces temps-ci tout le monde semble vouloir trouver l’élément qui permettra d’entacher la réputation de ses adversaires, prendre les devants semblait la meilleure solution malgré les risques qui s’y rattachaient. Il y aura toujours des gens qui critiqueront Justin Trudeau sur sa position face à la marijuana, mais je ne crois pas que cela amènera plus ou moins de votes pour lui et pour le PLC. De toute façon, il y aura probablement d’autres révélations dans le milieu politique d’ici les prochaines élections fédérales qui feront graduellement oublier cet aveu.

  3. fredemond3 dit :

    Excellente sortie pour le chef du PLC qui lui attirera certainement des centaines de votes selon moi puisqu’il s’intègre bien à sa plateforme électorale ! Les relations proactives sont toujours plus payantes que celles réactives. Il montre ainsi patte blanche avant de se lancer dans les prochaines élections fédérales comme un homme honnête qui assume son passé.
    Mais cette affirmation de Justin Trudeau témoigne encore une fois du virage personnel qu’ont pris les élections fédérales, provinciales et municipales depuis quelques années. Plutôt que de promouvoir leur plateforme électorale et les valeurs de leur parti, les chefs préfèrent trop souvent gratter pour  »trouver un bobo » chez leurs adversaires. Les débats sont davantage des chicanes personnelles que des débats d’idées.
    Aussi, il ne faudrait surtout pas excuser Trudeau de ses écarts de conduite simplement parce qu’il l’a avoué sur la place publique. Oui, il peut attirer un capital de sympathies des canadiens en affirmant ses torts, mais l’aveu ne pardonne pas aussi facilement le geste, qui est considéré comme un crime au pays.  »Le passé, c’est du passé », oui mais il serait trop facile d’excuser toutes ses erreurs de parcours ainsi, surtout que dans son cas, il a consommé du cannabis au moment ou il occupait le poste de député.

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