La vie (du relationniste) est un songe

Toute première séance du cours Introduction aux Relations publiques, M. Martin Lefebvre s’adresse à nous, néophytes dans la matière, en ces termes: Le relationniste, c’est comme le fou du roi. Il poursuit : « En tournant les pages de l’Histoire, nous constatons que les précurseurs des relationnistes, appelons-les comme ça, n’étaient nuls autres que ces comédiens de la cour royale ». Ce personnage pouvait se permettre de tout dire, car ce qui sortait de sa bouche était porteur de sens et de vérité. Voilà, le métier de relationniste. M. Lefebvre et M. Dagenais sont d’accord sur ce point.

Emballeur, mercenaire, chien de garde, rapporteur, conscience de l’organisation. Ce sont tous les chapeaux que le relationniste, semble-t-il, est appelé à porter au cours de sa carrière. Et tant mieux! Qui plus est, cette conscience historique nous invite à ne pas oublier de les porter fièrement et avec un brin d’humour. C’est le cas d’un clown controversé qui a su charmer ses téléspectateurs par son analyse fine de l’actualité tant politique que culturelle et sociale du Mexique contemporain : Brozo.

Le clown ténébreux

Aux yeux d’un étranger, il s’agirait d’une façon peu conventionnelle de faire de la télévision qu’un clown soit à la barre d’un bulletin de nouvelles, vêtu de haillons, portant une perruque aux boucles vert fluorescent, laissant paraître une personnalité et une calvitie féroces.

Brozo 2

« Brozo El payaso tenebroso », (ça rime en espagnol, faut-il le dire), c’est un personnage créé en 1988 par l’acteur Victor Trujillo. Ses ambiguïtés et ses parodies des contes classiques ont fait de lui un comédien populaire. Quelques années plus tard, on  donne à Brozo un espace dans les bulletins de nouvelles où il met à profit son humour mordant pour jeter un coup d’œil critique sur l’actualité. Plus tard, il réussit à décrocher ses propres émissions à caractère informatif (El Mañanero, El NotiFiero, El Mañanero Radio-Televisión).

Très bien documenté, Brozo sait traiter les thèmes les plus épineux à l’aide de sa personnalité comique. Il peut se permettre de dire ce qu’il pense sans être mis dans l’embarras ni courir aucun danger dans un pays où la liberté de presse connaît une forte répression. Sa vision critique des abus sociaux et politiques est exceptionnelle. Selon M. Trujillo, la comédie sera toujours la meilleure façon de véhiculer les mauvaises nouvelles. Il pense qu’il a plus de liberté à s’exprimer en étant déguisé en clown plutôt qu’en portant un complet, veston, cravate. Après tout, dit-il, « mes émissions, satiriques certes, se penchent sur la réalité de notre pays tandis que “les autres” ne cherchent que le cirque de nouveaux scandales ».

L’opinion de Brozo au Mexique est très respectée et a une influence majeure chez son public. Le magasin Forbes Mexico le classe d’ailleurs à la 6ème place parmi les 25 journalistes les plus influents sur Twitter au Mexique. Plusieurs politiciens cherchent à être dans son émission surtout en temps d’élections. Ses adeptes croient que son show est la meilleure façon d’affronter les temps difficiles que le pays connaît actuellement.

Brozo 1

Des squelettes dans le placard

Au cours de sa longue carrière Brozo a reçu de nombreux éloges et de nombreuses critiques venant, plus particulièrement, des groupes féministes. Dans son émission, El Mañanero y Debatitlan, toujours sur les ondes, on voit, aux côtés de Brozo, autant une fille aux contours bien définis que Mme Marissa Rivera, journaliste d’exception et co-animatrice de l’émission. Il a fait parler de lui aussi lorsqu’il a avoué avoir donné « un coup de main » dans la révélation d’un scandale de corruption de la part d’un haut-fonctionnaire de la Ville de Mexico. Il aurait démasqué ce politicien, mais en même temps il aurait entaché la réputation de son parti, ce qui aurait eu un effet considérable dans les intentions de vote lors des élections de 2006. Cela aurait bénéficié au parti au pouvoir à l’époque.

Miroir de l’actualité

Malgré les critiques, El Mañanero continue de faire la différence au Mexique. Brozo représente la joie et l’humour à la mexicaine sans pour autant n’épargner personne. Il est en quelque sorte le reflet de cette société qu’il critique et aime tant.

Brozo est en fait une allégorie de ce cri de justice qui sommeille en nous tous. Le relationniste ne doit pas seulement écouter les nouvelles, mais aussi songer à écouter cette voix qui éveille sa conscience à la réalité. S’il le faut, il a le droit d’avoir recours à l’humour pour faire passer son message tout en sachant que des générations, bien avant lui, lui donnent leur aval. Voilà le clin d’œil que nous fait, depuis la scène, cette saltimbanque, cette prestidigitatrice, ce fou du roi qu’est l’Histoire de l’Homme. ¡Oralé! [1]


[1] Expression que Brozo utilise à la fin de chacun de ses dicours.  Elle pourrait se traduire par «Envoye!».

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