Justin Trudeau : le séducteur ou le communicateur ?

Il est jeune, il est beau et il est rassembleur. Les femmes sont séduites par son regard visionnaire, tandis que les politiciens envient son charisme et sa proximité avec les électeurs. Il n’y a pas à dire, Justin Trudeau a la cote depuis qu’il a été propulsé à la tête du Parti libéral du Canada (PLC).

Ce n’est donc pas surprenant que Justin Trudeau soit le chef de parti fédéral le plus populaire, selon un récent sondage de la firme Angus Reid.

Le nouveau chef du PLC semble ainsi rompre avec ses prédécesseurs (Michael Ignatieff et Stéphane Dion) à qui on reprochait de ne pas avoir de message clair à donner, de ne pas communiquer avec la population et même de manquer de charisme.

Plusieurs avancent toutefois qu’il mène davantage une campagne de séduction qu’une campagne de messages en vue des élections fédérales prévues en 2015. Se servirait-il de son charisme et de sa notoriété pour combler un manque d’idées ?

La campagne publicitaire

Le chef libéral a lancé, en octobre, une campagne publicitaire à la télévision et sur les réseaux sociaux pour répondre aux attaques des conservateurs quant à sa proposition de légaliser la marijuana. Dans deux messages publicitaires (un en anglais et un en français), on le voit en veston et chemise, plutôt décontracté, s’adresser directement à la population pour faire part de ses priorités. J’ai donc pris l’initiative d’évaluer sa performance en utilisant quelques critères d’évaluation d’un porte-parole tirés du mémoire de maîtrise de Stéphane Prud’homme (UQAM, 2004).

1. Assurance et aisance à communiquer   3.5/5

Dès les premières secondes des deux extraits, on remarque l’attention que Justin Trudeau porte à l’élocution en prenant soin de bien articuler ses mots. D’un ton assuré, le politicien utilise un bon débit pour ne pas bombarder les auditeurs d’information ce qui démontre une bonne préparation. Il gagnerait toutefois à appuyer ses propos par la gestuelle et le langage non verbal.

2. Authenticité  5/5

Dans les deux messages diffusés à grande échelle, le politicien fait preuve de conviction et se montre concerné par le but de son message.

«J’entends souvent dire que les gens sont tannés de la politique. Mais les gens ont quand même des valeurs, des idées et des opinions à partager. […] Si je suis en politique c’est pour changer le visage du Canada et pour vous donner à nouveau le goût de vous exprimer.»

Il démontre ici qu’il compte s’impliquer personnellement pour favoriser une communication bidirectionnelle symétrique entre le public et lui, un aspect important des relations publiques.

3. Véracité – transparence – exactitude – fidélité – cohérence  1.5/5

Dans son extrait #Realpriorities, Justin Trudeau soutient que l’économie canadienne a doublé, alors que les revenus de la classe moyenne n’ont augmenté que de 15% dans les 30 dernières années. Il est toutefois impossible de retrouver la source de ces statistiques sur le site internet du PLC et dans une lettre de Justin Trudeau publiée en mai 2013, on lit plutôt que le revenu moyen d’une famille de classe moyenne n’a augmenté que d’un maigre 13% durant cette période.

Si des solutions pour répondre aux défis de la classe moyenne sont proposées, on ne retrouve aucune mesure sur le site pour se pencher sur sa deuxième priorité : la transparence du gouvernement.

4. Contenu et clarté du message  3.5/5

Le chef libéral a le mérite d’être clair dans son message et d’être influent dans sa communication. Il se contente de faire valoir ses deux priorités fondamentales: mettre en place un gouvernement plus ouvert et honnête, et apporter des solutions pour répondre aux défis de la classe moyenne. Là où il perd des points, c’est que plutôt que de dire concrètement ce qu’il compte faire pour mettre de l’avant ses priorités, il parle davantage de ce qu’il ne fera pas et récite parfois des phrases clichées ce qui peut lui faire perdre l’intérêt de l’auditeur.

Le message avant l’image

À la lumière de cette analyse, il est permis de croire que la performance de Justin Trudeau en est une de forme et de style dans laquelle le message occupe un rôle secondaire. En sa conviction, son charisme et son aisance, M. Trudeau a certes des qualités de communicateur, mais il néglige beaucoup trop le fond de son message au profit de son image de leader. Le chef libéral a beau surfer sur sa notoriété, la vague pourrait s’essouffler bien vite s’il ne réussit pas à bâtir une relation de confiance à long terme avec les Canadiens. Car si la notoriété semble chose acquise dans son cas, la réputation se bâtit avec le temps. C’est pourquoi je crois que le politicien doit désormais se concentrer sur son programme électoral plutôt que sa campagne de séduction. S’il désire réellement obtenir la confiance de l’électorat, il ne doit plus se contenter de faire des belles promesses et de beaux sourires, mais indiquer quelles mesures tangibles il compte prendre pour les matérialiser. Et cela pourrait bien commencer par des consultations publiques pour prendre le pouls des citoyens et connaître leurs préoccupations.

Cet article, publié dans Travaux étudiants, est tagué , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Justin Trudeau : le séducteur ou le communicateur ?

  1. fleo009 dit :

    Texte cohérent, mais difficile de distinguer relation publiques et propagande politique… un peu long aussi?

  2. fredemond3 dit :

    La propagande sous-entend un ensemble d’actions psychologiques pour influencer les pensées et les actes d’une population, afin de l’endoctriner ou l’embrigader.
    Je ne pense pas que Justin Trudeau va jusque-là, mais il se sert définitivement de sa notoriété et de son charisme pour séduire les foules. C’est justement ce que je déplore. Le médium devient alors son message, puisque ses sorties publiques sont souvent vides de contenu.
    Dans mon texte, j’analyse sa campagne publicitaire sous la loupe des relations publiques en soutenant que s’il désire bâtir une relation de confiance avec son électorat, il doit lui communiquer clairement les mesures qu’il compte prendre. Dans mon analyse du chef libéral, on constate qu’il mène davantage une campagne de séduction. À court terme, cela peut lui être bénéfique, mais à long terme (d’ici les élections de 2015), il devra davantage miser sur une campagne de relations publiques et tenir son public informé.

  3. myriamlarabie dit :

    À mon sens, Justin Trudeau est l’exemple parfait d’un politicien d’image… Il a l’air beau, fin, compétent, mais peu de personnes peuvent vraiment parler des résolutions que propose Justin Trudeau. Dans son vidéo « Real Priorities », il critique les priorités des conservateurs et nomme pêle-mêle des valeurs et concepts. Par contre, il ne dévoile rien de concret relativement à ce que lui ou son parti propose.

    J’applaudis aussi son utilisation des réseaux sociaux. La comparaison avec le Parti conservateur est frappante: sur Youtube, le PCC a 19 vidéos tandis que le PLC en a 1 400! Une stratégie qui montre clairement que le parti tente de rejoindre une plus grande partie de la population (et les jeunes adultes, surtout). L’utilisation du « hashtag » (#) dans ses vidéos a été brillament pensé pour suciter les échanges sur les réseaux sociaux, en ayant préalablement donné le ton (« real priorities » et « un pays plus fort » ont une connotation très positive).

    Je trouve la pré-campagne que Trudeau mène présentement très intéressante. Rappelons qu’il reste encore deux ans avant les prochaines élections, mais le chef du PLC réussit déjà à donner le ton. Personnellement, j’ose espérer qu’à l’avenir il mettra autant de temps sur les idées et visions politiques de son parti plutôt que sur l’image et le charme… #realpolitics

    • fredemond3 dit :

      Merci des commentaires ! Effectivement Myriam, je crois qu’il a compris l’importance de rejoindre les gens par les médias sociaux et qu’il gagne des points sur une plateforme que ses opposants négligent. Maintenant que son image est faite et qu’il est en contact avec ses publics, l’étape cruciale durant les mois qui précéderont la campagne électorale sera d’informer concrètement les gens sur ses ambitions de façon à maintenir sa relation avec eux. En politique, les opinions changent vite et il ne doit surtout pas tenir pour acquis sa crédibilité.

  4. sarahdecc dit :

    Je suis en accord avec ton dernier paragraphe. Comme la plupart des politicien (et de la politique rendu là), Trudeau mise sur son charisme et sur l’image pour aller chercher de l’électorat. Il serait fort intéressant de voir un personnage/acteur politique faire autrement pour une fois et plutôt mettre de l’avant des idées/actions claires et précises pour atteindre son objectif de se faire élire.
    À prime abord, sa tactique était relativement attrayante au sens où son allure décontractée pouvait aller chercher l’attention de l’électorat et garder celle-ci. Mais en effet, son manque de transparence et sa flagrante attitude de  »beau séducteur » enlève tous points à ce qui aurait pu être un jeu fort intéressant avec le public.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s