David contre Goliath

C’est le genre d’histoire dont on raffole : un riche homme d’affaires poursuit une pauvre dame pour la faire taire. Son crime ? Elle a osé critiquer les soins dispensés à sa vieille mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Coup de théâtre, le juge donne raison à la dame et oblige le riche homme d’affaires à lui verser une importante somme d’argent en dommages et intérêts pour avoir tenté de l’intimider.

M. Eddy Savoie

Eddy Savoie, propriétaire des Résidences Soleil et du CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf

David contre Goliath : celle de Pierrette Thériault-Martel et ses 20 000$ par année et d’Eddy Savoie, au portefeuille d’un milliard et demi de dollars. Le propriétaire des Résidences Soleil et du CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf, où résidait la mère de Madame, reproche à cette dernière d’avoir déclaré publiquement qu’il avait demandé à ses employés de ne plus changer les couches des bénéficiaires pendant un épisode de gastro-entérite parce que « le budget était pété ».

Vrai ou faux ? Peu importe. À partir du moment où Monsieur intente une poursuite de 400 000$ contre elle et que le juge conclut à une poursuite bâillon, le jugement des gens est fait.

Comment rétablir sa réputation ?

Rétablir les faits pour protéger sa réputation, soit, mais dans le cadre d’une poursuite ? Un conseiller bien avisé aurait pu expliquer à la famille Savoie que celle-ci aurait de fortes chances de nuire, au contraire, à son image. Quand il est question d’atteinte à la réputation, il est toujours préférable pour les entreprises familiales de faire appel à un conseiller indépendant.

Dans des causes opposant de grands à de petits entrepreneurs, les Québécois ont souvent tendance à prendre parti pour le plus « faible ». Parlez-en à Lassonde qui produit les jus Oasis qui a décidé de retirer sa poursuite contre une petite compagnie qui utilisait le nom Oasis dans sa gamme de produits de beauté. Après avoir été vilipendé par les consommateurs dans les médias sociaux, l’entreprise a présenté ses excuses et accepté de défrayer les frais juridiques de la petite compagnie.

La traditionnelle conférence de presse peut avoir ses mérites pour rétablir des faits, tout comme les entrevues médiatiques, à condition que le ton emprunté soit calme, sans acrimonie, et qu’il s’y dégage une empathie pour les bénéficiaires du CHSLD. On peut supposer qu’en adoptant une telle stratégie, l’affaire serait morte de sa belle mort plutôt que de durer quelques années. Personne n’aurait su à combien s’établissait la fortune du principal intéressé et il ne serait pas devenu le porte-étendard des riches « sans cœur ». Les journalistes sont aujourd’hui à l’affût de toute nouvelle touchant M. Savoie ou ses entreprises.

Le principal intéressé a-t-il tiré une leçon de ses déboires ? On en doute puisqu’il a décidé de porter sa cause en appel. Les entreprises familiales, tout comme les autres, devraient, elles, en tirer des leçons.

Pour en savoir plus : Entrevue d’Eddy Savoie à Denis Lévesque : http://tvanouvelles.ca/video/3748948705001/eddy-savoie-sexprime-pour-la-premiere-fois-entrevue-a-denis-levesque/

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4 commentaires pour David contre Goliath

  1. cboudro dit :

    J’avoue que ça en a pris du temps avant qu’il ne se montre le visage à la suite de cette histoire malheureuse. Nous sommes bombardés de publicités sur les Résidences Soleil depuis quelques semaines, M. Savoie serait-il en pleine période intensive de recrutement? Son image a-t-elle été salie? Je pense que oui. Du moins, ça se ressent. Elle a été entachée par cette histoire qui a rendu les gens craintifs face à la réputation des Résidences Soleil.

    En effet, « la traditionnelle conférence de presse tout comme les entrevues médiatiques, à condition que le ton emprunté soit calme, sans acrimonie, et qu’il s’y dégage une empathie pour les bénéficiaires du CHSLD » auraient sans doute réussi à boucler l’affaire sans la faire perdurer. Je suis bien d’accord. Mais, l’homme d’affaires a cru bon utiliser le moyen du laisser-aller et cette stratégie n’a fait que lui nuire. Cours 101 de relations publiques.

  2. cazoumoreau dit :

    En effet, M. Savoie aurait probablement grandement bénéficié de l’aide d’un conseiller en relations publiques, ce constat s’applique aussi à la suite des choses, puisqu’il porte sa cause en appel. Je crois même qu’il devrait songer à se trouver un porte parole, étant donné son capital de sympathie excessivement faible, pour ne pas dire négatif.

    Croyez-vous cependant que l’on peut réellement isoler les Québécois comme étant les constants pourfendeurs du plus faible?

  3. Myriam Wojcik dit :

    Merci à toutes les deux pour vos commentaires.

    Merci tout spécial à Cazoumoreau pour votre question qui m’a fait réfléchir. Il est vrai que les Québécois ne sont pas les seuls à défendre la veuve et l’orphelin. Mais je crois que nous avons un grand sens de la justice et que nous sommes, du même coup, très sensibles à l’injustice. Nous n’aimons pas qu’un petit se retrouve à la merci d’un grand (pensons à Claude Robinson dans l’affaire Cinar). Les Québécois aiment les gens modestes, les gens qui, malgré leur réussite, n’affichent pas d’arrogance et de mépris. Je pense qu’en poursuivant Mme Thériault-Martel pour la somme exorbitante de 400 000$, M. Savoie a été perçu par une large partie de la population comme un riche homme d’affaires arrogant et sans cœur.

  4. laurierdubeau dit :

    Votre article et les commentaires ci-haut m’ont beaucoup fait réfléchir sur les inégalités sociales, la perception des gens quant à la vérité, ou ce qu’ils perçoivent comment étant la vérité. Les gens puissants croient souvent à tort qu’ils ont toujours raison.

    Mais, comme vous le dites si bien dans votre argumentation, peu importe qui dit vrai, une poursuite devant les tribunaux est rarement la solution idéale car elle ne garantit ni une conclusion heureuse au débat, ni l’amadouement de l’opinion publique. Car il faut se rendre à l’évidence, les gens accordent souvent leur soutien à la partie prenante la plus faible (l’underdog). C’est dans la nature humaine de vouloir défendre les démunis. D’où l’importance de bien choisir ses mots, de bien peser ses gestes et de penser aux conséquences en cas de conflit.

    Dans tout conflit, la présence de bons conseillers est primordiale. Le rôle du relationniste est de rendre la vision de l’entreprise plus attrayante pour les parties prenantes et d’harmoniser les communications entre l’entreprise et ses publics. Mais quelle est la vision du Groupe Savoie et des Résidences Soleil? Quelles sont leurs valeurs? A-t-on réussi à les communiquer efficacement durant cet épisode? J’en doute. L’image du Groupe en a certainement prit pour son rhume et la saga est loin d’être terminée. Cette cause va d’ailleurs sans doute faire jurisprudence, car elle va permettre à des gens de se défendre avant même d’entamer de longues procédures judiciaires. Une histoire à suivre…

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