Des musulmans face à leur réputation

Lorsque j’ai parlé de mon sujet à mon entourage, j’ai identifié deux réactions. La plus évidente s’incarnerait en un ras-le-bol généralisé. Comme si finalement on avait déjà bien trop parlé des musulmans. L’autre réaction, plus subtile, relève de l’inconfort à parler de l’Islam. Ce malaise me pousse à m’interroger sur la perception et l’hypothétique « mauvaise » réputation de cette communauté religieuse.

L’amalgame au cœur de l’imaginaire collectif

Les conflits et les mouvements politiques (Daesh, Boko Haram, Al-Qaïda) utilisant les références islamiques comme moyens de contestation politique se sont multipliés. L’attention des médias, concentrée sur l’Islam et sur les musulmans opère régulièrement, intentionnellement ou non, l’amalgame entre terroristes, musulmans et même immigration.

L’opinion publique est invitée à communiquer sa perception des musulmans au travers de  sondages parfois maladroit. Le Figaro.fr a récemment retiré un sondage en ligne dont la formulation : « Assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? » a provoqué sur Twitter des réactions indignées.

Entre silence, militantisme et indignation, quelle est la stratégie à adopter quand la communication est rompue et que la peur domine ?

Dé-voiler son image

 Au Royaume-Uni, des musulmans ont décidé de lutter contre l’extrémisme et contre les stéréotypes en s’adressant aux terroristes dans la courte vidéo que voici.

 

C’est Hanif Quadir, un ancien djihadiste reconverti dans la lutte contre l’extrémisme qui est à l’origine de ce mouvement.  Son organisation, Activechangefoundation appelle les musulmans à tweeter autour du hashtag #Notinmyname pourquoi ils ne se reconnaissent pas dans l’islam radical prêché par les terroristes.

La formule se diffuse sur facebook, youtube, instagram et génère des milliers de tweets.

Les musulmans qui répondent à l’appel affirment leur individualité et clament leur appartenance à une communauté dont les valeurs sont le respect, la tolérance et la paix.  En utilisant les réseaux sociaux et le selfie, ils témoignent aussi de leur modernité.

Cette initiative est louable dans la mesure où elle ouvre aux débats et aux rapprochements interreligieux comme à Lyon avec « l’appel des 110 ».

Folie contre folie

Les attaques à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa relancent tragiquement le débat et amènent les médias à de nouvelles interrogations sur la sécurité et sur les profils psychologiques des terroristes.

Un acte terroriste est-il dissociable du trouble mental ? L’image du fou viendra-t-elle et devrait-elle remplacer celle du musulman associé aux terroristes ?

Les réponses à ces questions sont multiples et se déclinent différemment en fonction des destinataires du message. En effet chaque pays a une relation particulière avec ses communautés religieuses et c’est de la nature de cette relation que doit dépendre la nature du message.

En France par exemple, les opinions divergent. Rue89 dénonce avec ironie la folie de demander aux musulmans de se désolidariser de la barbarie et invite les lecteurs à utiliser le hashtag #onapasdemandé pour compléter une liste des désolidarisations qui auraient pu être exigées. Le Collectif Contre l’islamophobie en France (CCIF) refusent aussi de relayer le message #Notinmyname et lance une campagne visuelle contre l’islamophobie.

La question nous est retournée. Finalement, qu’attendons-nous des musulmans ?

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2 commentaires pour Des musulmans face à leur réputation

  1. Je ne crois pas que la question soit : qu’attendons-nous des musulmans ?
    Est-ce que nous nous posons la question : qu’attendons nous des catholiques ? ou qu’attendons-nous des hindouistes ?
    Il y a dans chaque groupuscule, que celui-ci soit religieux ou non, des gens qui n’agiront pas conformément aux réelles valeurs de ce groupe. Des gens qui se permettront de sélectionner des éléments précis véhiculés par le groupe pour prendre des décisions ou des actions servant leurs propres intérêts sans se soucier de l’impact que cela répartira à l’ensemble. Des gens qui, par leur pouvoir de communication, parviendront à en influencer d’autres et à les faire adhérer à leur mouvement, leurs actions aussi incompréhensibles et déconnectés du droit chemin soient-ils.

    La question est : pourquoi continuer à les nommer « terroristes religieux » leur octroyant ainsi le mérite, la visibilité et le pouvoir, cette sensation d’être au dessus de tout qui est associée à la religion, qu’ils recherchent.
    Si au Canada, un groupe de personnes se mettait à commettre des meurtres au nom de Jésus, les considérerait-on comme des terroristes religieux ou simplement comme des meurtriers souffrant peut-être de troubles mentaux ?
    Nous n’attendons rien des musulmans, mais nous attendons de la communauté mondiale qu’elle cesse de faire en quelque sorte l’éloge et de donner de la visibilité à ces individus, qui ne sont ni des Dieux, ni des rois, au détriment d’une population croyante et respectueuse de sa religion.
    Mais ceci est mon opinion.

  2. mokra18 dit :

    Merci desneigesbeaudry de partager votre opinion. Je vous avoue ne pas être étonnée de vous voir réagir à la question « qu’attendons nous des musulmans ? » car si c’est une question que je me pose, celle-ci ne m’affecte pas moins pour autant.

    Effectivement, tout comme vous, je ne crois pas que nous nous posions la question : qu’attendons-nous des catholiques ? Ou qu’attendons-nous des hindouistes ? Pourtant le traitement médiatique et politique de l’information réservée à l’Islam ces dernières années a créé un amalgame, variable selon les pays et la temporalité qu’il nous est, je pense, difficile de nier.
    Cet amalgame, les musulmans doivent y faire face. Leur réputation, ils doivent la contrôler et la défendre lorsque cela s’avère nécessaire.
    Et c’est pourquoi, ma question demeure. Face à cette méfiance, face à l’incompréhension, quel remède ? La communauté musulmane, celle que vous définissez à juste titre comme une « population croyante et respectueuse de sa religion » se sent stigmatisée. Les tensions sont vives et les rancœurs s’accumulent au rythme des pertes humaines.

    Je vous rejoins donc sur l’importance des termes utilisés et des risques associés à ces derniers. Mais, devons-nous attendre de la communauté mondiale qu’elle agisse pour rétablir la réputation des musulmans ? Je ne pense pas. Les intérêts et les stratégies de cette communauté mondiale sont aussi variés qu’antinomiques.

    Mais à l’échelle humaine, je m’interroge sur les gestes, qui peuvent être posés pour favoriser l’unité et le vivre ensemble. Avant d’agir, il faut nous poser la question. Qu’attendons-nous des musulmans ? Et si, la réponse est « rien », interrogeons-nous, encore, sur le sens de ce rien.

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