MÉDIAS SOCIAUX EN CHINE: UNE RÉVOLUTION TRANQUILLE?

La « révolution des parapluies », tel que l’on surnomme le mouvement pro-démocratie à Hong Kong, nous incite à une réflexion sur le passé. La ville vivra-t-elle un autre Tiananmen? Le gouvernement chinois a tenté d’effacer de la mémoire collective la répression du 4 juin 1989. Ironiquement, Hong Kong est aujourd’hui la seule ville chinoise à commémorer les événements de Tiananmen.

Occupy Central n’est pas Tiananmen

La situation en Chine a beaucoup changé depuis les vingt-cinq dernières années.

Voici quelques différences :

  1. Les événements de 1989 se sont déroulés à Beijing, le centre politique du pays;
  2. La situation économique et politique de Hong Kong est différente de la situation en Chine à l’époque;
  3. Aujourd’hui, la Chine aspire à être un acteur responsable au plan international, ce qui n’était pas le cas en 1989;
  4. Les moyens de communications sont beaucoup plus évolués aujourd’hui et plus difficile à contrôler, surtout à Hong Kong;
  5. La question de Taiwan : les manifestations hongkongaises y sont observées de très près, car l’issue du conflit pourrait directement affecter les relations entre la Chine et Taiwan.

Place Tiananmen, 4 juin 1989. En Chine, l’image a été utilisée par le gouvernement comme un symbole de compassion de la part des soldats de l’Armée populaire de libération. Malgré l’ordre d’avancer, le conducteur de char avait refusé d’obéir.

Hong Kong, octobre 2014. « Oncle chargé de la sécurité, nous n’avons qu’un parapluie. » (traduction libre)

Quand les médias sociaux veillent

Les médias sociaux, bien qu’étroitement surveillés et souvent bloqués par les autorités chinoises, jouent un rôle primordial dans les stratégies du mouvement hongkongais. Les démonstrateurs utilisent entre autres l’application « Firechat », un outil qui a fait beaucoup d’adeptes lors de récentes manifestations à Taiwan. Cette application permet de communiquer sans le recours à Internet ou à un signal de portable, mais plutôt par l’entremise de Bluetooth.

Avec plus de 24 000 abonnements et quelques 15 000 tweets sur le seul compte Twitter d’Occupy Central Love and Peace, on se rend compte de la difficulté de supprimer toutes ces informations. Mais sur le continent, il en va tout autrement. La seule mention de Hong Kong est interdite sur les réseaux sociaux chinois. Situation décrite ainsi par M. Patrice Dallaire, ancien diplomate en Chine :

«Les médias sociaux y sont très surveillés. Ainsi, un contrôle à partir de certains mots clefs permet d’effacer ce qui se dit de la contestation à Hong Kong. Avant le 30 septembre[…], on recensait seulement une vingtaine d’articles de journaux à travers toute la Chine à propos du mouvement.»

Journal Le Fil, Université Laval, 9 octobre 2014

 

Leçons à tirer du point de vue des RP

Que pouvons-nous faire? La situation en Chine et à Hong Kong reflète la complexité et les contradictions de la réalité chinoise d’aujourd’hui. Mais quelles leçons de communication pouvons-nous tirer de tous ces événements? Je pense qu’il y en a plusieurs. La plus importante est sans doute que dans tout conflit, qu’il s’agisse d’un conflit armé ou entre syndicat et patronat, il est essentiel de penser à la communication et au rapprochement. Comme l’explique M. Guy Versailles dans son blogue,  «La fonction première des RP a toujours été de « comprendre, communiquer, rapprocher »… ».

Autres sources :

South China Morning Post: http://www.scmp.com/topics/occupy-central

The Telegraph: http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/china/

Le Monde.fr/courrier international : http://www.courrierinternational.com/fiche-pays/chine

Les Affaires : http://www.lesaffaires.com/monde/asie/quand-la-chine-avalera-hong-kong/573080

A propos laurierdubeau

Public relations, marketing, photography, Chinese culture & language. 15 years in China (1999-2014) / Relations publiques, marketing, photographie, culture, langue chinoise. 15 années en Chine (1999-2014).
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4 commentaires pour MÉDIAS SOCIAUX EN CHINE: UNE RÉVOLUTION TRANQUILLE?

  1. mokra18 dit :

    La mise en contexte de votre premier paragraphe « Occupy Central n’est pas Tiananmen » est tout à fait pertinente et intéressante. Les quelques différences que vous énoncez sont clairs et votre démonstration est efficace.
    Vous soulignez l’historique d’un conflit tout en nous avisant que notre réflexion ne doit pas seulement reposer sur ces éléments.

    J’ai eu un peu plus de difficulté à identifier les leçons à tirer du point de vue RP de votre dernier paragraphe. Dans le contexte chinois, je me suis d’abord demandé qui est ce Monsieur Guy Versailles et pourquoi le citer. Porte-parole de la SQPRP (Société Québécoise des Professionnels en Relations Publiques), l’article auquel vous faite référence et qui soutient votre argumentation date de 2010. Dans son blogue, Monsieur Versailles fait référence à sa réaction suite à la parution d’un livre (The Fall of Advertising, the Rise of PR) datant de 2002.
    Je trouve ces références et ces réflexions un peu datées et c’est un peu dommage pour votre article d’actualité.

    Le lien entre votre propos et celui de Monsieur Versailles qui s’évertue à dissocier marketing et relations publiques n’est pas solide. Le marketing ne fait pas partie de votre réflexion alors qu’elle est au cœur de son propos. Pourquoi faire référence à cet article ?

    J’y ai tout de même trouvé un point intéressant, lorsque Monsieur Versailles s’interroge sur l’avenir des relations publiques : « voulons-nous être simplement une annexe du marketing, avec la perspective inévitable de tomber dans le même discrédit? Ou voulons-nous nous affirmer pour ce que nous sommes : une discipline distincte, obéissant à un paradigme et à une éthique qui lui sont propres »

    Une autre leçon à tirer ? La défense de la démocratie et de la liberté est un combat éthique auquel doit et devra toujours prendre part les relations publiques. En est-il de même pour le marketing ?

  2. laurierdubeau dit :

    Bonjour et merci beaucoup pour votre commentaire.

    Vous avez tout à fait raison de souligner l’erreur de lien avec le blog de M. Versailles. Le lien aurait dû au contraire être celui qui redirige vers son blogue sur les trois leçons de la guerre froide et du parallèle qu’il fait entre diplomatie et relations publiques.

    (http://guyversailles.blogspot.ca/2014/07/trois-lecons-de-la-guerre-froide.html#links)

    Cet article daté du 14 juillet 2014 est en effet beaucoup plus à propos et d’actualité (même s’il parle de la Russie plutôt que de la Chine).

    Ce blog vient étoffer le propos que je voulais souligner dans mon dernier paragraphe, c’est-à-dire le manque de dialogue entre les parties prenantes du conflit. Problème que les relations publiques, tout comme la diplomatie sur la scène internationale, tente toujours de résoudre par la compréhension, la communication et le rapprochement.

    Il n’y a bien sûr aucun lien entre mon article et celui où M. Versailles parle de marketing. Je suis tout de même content que cette erreur vous ait donné la chance de faire une réflexion sur l’avenir des relations publiques.

    Laurier

  3. mokra18 dit :

    Merci pour votre réponse, effectivement le nouveau lien est plus à propos.
    Votre correction est très appréciée.

  4. Ton sujet est très intéressant. Tout d’abord, je trouve fascinant qu’à l’époque actuelle un gouvernement soit encore capable d’aller à contre-courant du reste de la planète et bannir l’utilisation des réseaux sociaux sur internet au sein d’un pays entier. Mais évidemment, comme tu l’exposes dans ton texte, le contrôle s’avère de plus en plus difficile grâce au développement des technologies.

    D’un autre côté, c’est très curieux de voir que pendant que la population en Chine se sert de l’application « Firechat » pour se communiquer librement, Marc Zuckerberg, le brillant fondateur de Facebook, ne perd pas d’opportunité pour essayer de charmer les étudiants et les entrepreneurs chinois. Comme on peut constater dans l’article que j’ajoute à mon commentaire, il réussit très bien à gérer ses relations publiques pour donner de la présence aux entreprises chinoises sur son grand réseau social, mais il est évident que les Chinois n’ont pas besoin de Facebook pour être connectés entre eux.

    http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/offensive-de-charme-de-facebook-en-chine-ou-mark-zuckerberg-s-exprime-en-mandarin-23-10-2014-4235807.php

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