Ebola ou la gestion d’une crise qui s’enlise.

Le 30 septembre dernier, un frisson a parcouru l’Amérique. Pour la première fois, depuis la précédente crise d’Ebola en 2013, cette maladie atteignait un autre continent. Cette journée-là, au Texas, un premier cas fut diagnostiqué.

Moment de panique. Une panique locale, nationale, mondiale. L’appréhension est double :
1) Si le virus a traversé mers et océans, c’est qu’il peut être partout, peu importe les frontières.
2) Si une puissance telle que les États-Unis ne parvient pas à éradiquer le virus, c’est toute la communauté internationale qui est en danger.

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur l’Amérique, l’Espagne annonce un premier cas. Puis, à peine quelques jours plus tard, 2 nouveaux cas sont diagnostiqués au pays de l’Oncle Sam.

Depuis, le terme «Ebola» est partout. Il enflamme les conversations, fait les nouvelles, alimente le web et se propage sur les réseaux sociaux.
Comment contrer cette crise ?
Comment rassurer la population ?
Comment informer sans alarmer ?

Plusieurs acteurs se partagent ces tâches plutôt ingrates ces jours-ci.
Mais alors que les uns se veulent rassurants, les autres se font alarmistes. La séquence des interventions s’accélère et s’intensifie, les porteurs de message varient.

Ainsi, lorsque le cas de Thomas Eric Duncan (1ier cas d’Ebola diagnostiqué aux EU) a été rendu public, c’est le Dr. Thomas R. Frieden, directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies, qui a pris la parole. Crédible, il a livré un discours simple relatant les dates importantes et les actions à venir. L’objectif : présenter la situation comme étant sous contrôle.

Puis, lors de l’annonce des deux autres diagnostics, c’est le président lui-même qui a livré un discours à la nation. Sur un ton posé, mais ferme, il compare et relativise la situation et fait mention des améliorations apportées aux protocoles dans les divers secteurs concernés. L’objectif : rassurer la population.
– Lire l’article et visionner la vidéo –

Jour après jour, malgré de multiples discours, allocutions, entrevues et tutti quanti, les gens ont peur. L’ombre d’une hystérie collective plane. Pourquoi ?

C’est qu’elle est ironique la presse en ce 21ième siècle. Bien que canal de diffusion et porteur d’information, la presse doit se vendre. Ce n’est un secret pour personne. Le scandale, l’épouvante, la tricherie sont des sujets dont les gens raffolent. Ils s’en abreuvent jusqu’à ne plus rien ressentir. L’Ebola ne fait pas figure d’exception. Il n’y a qu’à lire les titres tels :
– Ebola au Texas : les 4 erreurs fatales qui ont permis la propagation du virus;
– La bataille contre Ebola en passe d’être «perdue» ;
– Texas: une seconde contamination «très inquiétante»;
– Ebola: le pire scénario prévoit 1,4 million de cas;
– L’un des deux vaccins attendus contre Ebola ne sera pas disponible avant 2016.

Ces titres, tous plus alarmistes les uns que les autres, ne sont qu’une infime partie du sensationnalisme «Ebola» qui fait la Une de tous les médias depuis moins d’un mois.
Comment se faire rassurant vis-à-vis la population alors que l’outil même, les médias, diffuse un message opposé ?

Et c’est sans oublier les médias sociaux. Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, LinkedIn: à chacun sa version de la situation. Modes de partage d’informations en un clic par excellence, ceux-ci sont des véhicules efficaces pour transporter des messages trompeurs, erronés… et affolants. En donnant la parole à tous, il devient difficile de vérifier la légitimité des sources.

Prenons seulement ce cas chilien rapporté par la BBC la semaine dernière.
– Écouter la bande audio –
(Pour démarrer l’écoute double cliquer sur l’icône « pause ».)

Comment la vidéo d’un homme, filmée avec son simple cellulaire, peut-elle devenir une source d’information virale reprise plus de 120 000 fois en 24h, pour finalement aboutir dans les mains de la presse qui en fait son « chou gras »?

Il aura fallu moins de 48h pour que tout ce chemin soit parcouru. Mais l’histoire ne dit pas combien de temps cela a pris pour que cette rumeur soit démentie.

La gestion d’une crise n’est jamais facile. Celle d’une crise touchant la santé de la population mondiale encore moins. Avec l’aide de plusieurs intervenants et porte-paroles de tous les milieux (politiciens, journalistes, médecins, etc.), en multipliant les interventions (discours, écrits, utilisation des réseaux sociaux, etc.) et en coordonnant les messages (mobilisation, confiance, action, etc.); peut-être que l’on parviendra à calmer les esprits. Mais pour cela, il faudra une évolution positive de la situation d’Ebola jumelée à la capacité des acteurs impliqués de répondre rapidement, pour ne pas dire simultanément et sur toutes les plates-formes existantes, à leurs détracteurs.

Cet article, publié dans Travaux étudiants, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Ebola ou la gestion d’une crise qui s’enlise.

  1. audreysaucier2014 dit :

    Bien que les dirigeants ont effectivement fait un excellent travail dans leurs tentatives de rassurer la population, mais dans des cas comme Ébola et son potentiel létal, il est a peu près inévitable que la population se tourne vers les médias pour rester informés des derniers développements ; comme tu le mentionne, ces médias, pour vendre, vont faire dans le sensationnalisme, car il est de la nature humaine de toujours s’imaginer le pire, et ce dans n’importe quel situation. C’est un peu comme ces gens qui ont une bronchite, qui vont tenter d’aller s’auto-diagnostiquer sur le web et qui vont arriver à la clinique en croyant avoir un cancer du poumon.

    Ce qui rend la crise encore plus difficile a gérer est que, justement avec l’avènement des médias sociaux, tous ces articles sensationnalistes vont faire le tour de la planète a une vitesse fulgurante et que les gens ne s’intéressent plus autant au contenu d’un article qu’à la gravité de ce que le titre de l’article en question laisse présager. Ce n’est pas pour rien que plusieurs publications en ligne utilisent le « click-baiting »…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s