Le petit Aylan

 

photo 1photo 2

Jeudi 3 septembre, un enfant de 3 ans est retrouvé mort sur une plage turque. La réalité est choquante. Pourtant selon les journaux , la photo choisie sera différente Pour certains ce sera la réalité, froide et crue, celle qui montre le visage du petit garçon, le nez dans le sable, allongé sur le ventre, pour d’autres la réalité sera plus douce et plus humaine avec le petit garçon dans les bras du policier.

Pour ma part, la photo n’était pas nécessaire ou tout du moins pas une photo de quelqu’un de mort. Des foules aux frontières ou des migrants sur un bateau auraient été aussi parlants.

Pourquoi avoir choisi l’une plutôt que l’autre? Choquer pour faire prendre conscience ou informer de la situation des migrants? Je pense que l’image  »choc » est toujours plus attirance pour un journaliste car plus efficace. Elle va forcément attirer le lecteur, le forcer à penser et à réagir très rapidement sous le coup de l’émotion.

Ce n’est pas la première fois qu’une image aussi choquante est publiée et qu’elle entraîne des réactions politiques à un niveau international. Que ce soit pour lutter contre la famine, pour dénoncer un conflit, à chaque fois les gouvernements ont prononcés des discours, mis en place des mesures visant à aider les plus démunis et parfois allant même jusqu’à voter des lois. Puis quelque temps plus tard, lorsqu’on évalue les changements, on se rend compte que la situation n’a pas évolué.

Mama Merkel

L’attitude de l’Allemagne vis à vis de l’intégration des migrants est un bon exemple. Le 3 septembre, avec le président français, Angela Merkel est d’accord sur un quota d’accueil de migrants. Le 8 septembre, elle souhaite aller plus loin que les simples quotas, en accueillant jusqu’à 800 000 migrants pour 2015 et annonce l’ouverture des frontières de l’Allemagne. Puis le 14 septembre, l’afflux devenant incontrôlable et trop important, l’Allemagne décide de rétablir le contrôle à ses frontières.

Après un premier échec, une entente a été trouvée le 22 septembre sur la répartition des 120 000 migrants . Reste à savoir dans quelle mesure il sera appliqué et s’il sera maintenu dans le temps d’autant que l’accord est complexe et que beaucoup de pays ont bénéficié d’adaptations.

La photo du petit Aylan ne changera pas la condition des migrants d’autant que cette situation n’est pas récente. Les flux migratoires en Europe ont toujours été présents principalement venant d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire. Ce n’est que plus récemment que les flux venant des pays de l’est de l’Europe et passant par la Méditerranée et les Balkans ont augmenté de façon considérable.

La situation des  »migrants » est très préoccupante mais je pense qu’au-delà du bagage médiatique et des discours politiques, la situation changera très lentement. Il faudra beaucoup d’adaptation: sociales, économiques, architecturales, aux pays accueillants pour pouvoir absorber le flot de migrants.

Cet article a été publié dans Travaux étudiants. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Le petit Aylan

  1. saransid1 dit :

    Des « Aylan », il y en a eu et il continuera malheureusement d’en avoir tant que de véritables politiques ne seront pas mises en place. Un relationniste pourrait s’intéresser à la question de l’aide au développement et à la stabilisation des pays victimes de flux migratoires.

    Bien entendu, l’analyse des perceptions et les ressentiments des habitants des pays hôtes est primordiale dans la mesure où il s’agira de contrebalancer des phénomènes tels que la montée de l’extrémisme, du racisme etc. L’exemple palpable est le récent dérapage de la Députée européenne Française, Nadine Morano, candidate à la primaire des Républicains, qui qualifiait la « France de pays à race blanche ».

    Disons-le clairement : l’Occident, eldorado d’antan n’est que pure illusion de nos jours.

    En mon sens, le corollaire de l’accueil n’est pas l’accueil en tant que tel. Il est question de la mise en œuvre des politiques visant à empêcher ces déplacements massifs de population tout en aidant les pays concernés à s’auto-suffire et à s’auto-administrer.

    Au delà de la question syrienne, n’est-il pas temps de penser à la redéfinition des relations Nord-Sud?

  2. Ablanchette dit :

    Tu écris : «Pourquoi avoir choisi l’une plutôt que l’autre?» Parce que, cette photo, un peu comme un accident sur l’autoroute 20, attire l’attention et fait vendre des journaux. Par contre, je suis d’accord avec toi, un journaliste se doit de relater les faits, il faut quand même avoir un peu d’éthique et d’auto-censure pour protéger le public mais aussi la famille de la victime qui se trouve sur la photo. Cependant, la photo vient encrée dans la tête de tous les lecteurs l’horreur vécu par les migrant, La force de l’image du jeune Aylan Kurdi vient surpasser les chiffres des victimes et les graphiques qui montre les dangers. Des journalistes ont justifiés avoir publier l’image terrible puisqu’elle symbolisait « à elle seule l’inaction de l’Europe, nous renvoyant à notre indifférence collective. Des milliers d’entre eux [les migrants] meurent aux portes de l’Europe et il nous appartient de le montrer et l’expliquer. […] Tout comme il y a eu une petite fille brûlée au napalm devenue aux yeux du public une icône de l’atrocité de la guerre du Vietnam, il y a cet enfant, le visage enfoui dans le sable, à quelques encablures de nos côtes, qui est désormais emblème de cet afflux migratoire sans précédent que nous ne voulons pas voir.»* Je crois que ce journaliste explique/justifie bien la nécessité de publier ce genre de photo.

    source de la citation : http://makingof.blog.lemonde.fr/2015/09/06/pourquoi-nous-avons-publie-la-photo-du-petit-aylan/

  3. fredquintal1 dit :

    Fredquintal1 dit:
    Effectivement, le choix de la photo doit être jugé avec des critères de respect pour les proches.

    Mais il demeure que pour l’année 2014, la traversée de la Méditerranée avec l’option d’une embarcation de type zodiac aurait atteint le nombre de 3500 noyées, selon un rapport de l’ONU publié en juin 2015.

    Il demeure également que le conflit Syrien a débuté en mars 2011, et qu’avec une Syrie éventuellement libérée de l’EIIL, la Syrie de Bachar El Assad ne ramènera pas les 4 millions de réfugiés déjà exilés.

    Alors après ce conflit qui entame sa cinquième année, les 3500 personnes noyées lors de la traversée vers une terre promise, le choix d’une photo qui puisse franchir l’étape du réveil dans la planète média, était probablement justifiée pour le photo finalement choisie.

    Et effectivement le terme Mama Merkel reflète bien la décision allemande. L’allemagne passe de l’ère du mur à l’ère de la grande ouverture.

  4. charelleb dit :

    Nous avons là la preuve parmi tant d’autres de la pratique du sensationnalisme par certains médias. En effet, l’utilisation des éléments relevant du spectaculaire « pour des raisons d’image, d’audience ou de commerce »¹ est de plus en plus commune. Comme vous l’avez si bien dit, les journalistes auraient bien pu se contenter de diffuser une photo de migrants sur un bateau. Mais la presse d’aujourd’hui ne se limite plus à la simple exposition des faits. En constante concurrence avec les autres médias, elle tend à s’approprier la meilleure image, la meilleure primeur, l’exclusivité. C’est à peine si l’on ne peut pas la comparer aux magazines à sensation. Pourquoi se livre-t-elle à cette pratique? Parce que les gens en demandent, parce que ça vend!

    En 2004, le Consortium de recherche sur les médias s’est penché sur la question du sensationnalisme auprès de 3000 sondés. Ces derniers devaient indiquer s’ils voyaient du sensationnalisme dans les nouvelles, «c’est-à-dire des exagérations ou une insistance sur l’émotion pour attirer l’attention ou pour appuyer un argument».

    Les résultats parlent d’eux-mêmes :
    • 92 % des Canadiens ont indiqué qu’il y a du sensationnalisme;
    • 63 % des répondants ont indiqué que cela mine leur confiance dans l’information.²

    La crédibilité des médias d’information n’étant visiblement plus ce qu’elle était, le public finira-t-il par les boycotter?

    Références :
    ¹https://fr.wikipedia.org/wiki/Sensationnalisme
    ²http://www.ledevoir.com/societe/medias/156223/le-sensationnalisme-jusqu-aux-prochaines-funerailles

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s