Déplacement délicat du NPD: Risque et opportunité

Déplacement délicat du NPD : risque et opportunité

Depuis juillet, les sondages révèlent une course électorale serrée entre Conservateurs, Libéraux et Néo-Démocrates. À la faveur d’une tendance lourde, ces derniers convoitent l’espace traditionnel du Parti libéral du Canada, le centre-gauche. Mais les stratèges néo-démocrates devraient examiner prudemment les risques de ce repositionnement.

Écrit dans le ciel

Au lendemain du scrutin de mai 2011, il était admis que le NPD devait se « recentrer » pour établir sa crédibilité. Une analyse[1] mentionnait que le NPD devait « éliminer les libéraux (…) pour ne laisser (…) qu’une seule option » de rechange aux Conservateurs. Attentifs à cet appel, les militants ont remis les rênes au candidat promettant la modernisation du NPD (au grand dam de ses ténors, d’ailleurs[2]).

Quatre ans plus tard, le parti se situe clairement au centre, et peut-être même à droite du PLC : le chef néo-démocrate s’est engagé à ne faire aucun déficit, tandis que le chef libéral Justin Trudeau a émis la proposition à contre-courant d’investir massivement dans les infrastructures, moyennant trois années d’encre rouge. Cette proposition se serait naturellement inscrite dans le créneau néo-démocrate, il y a quelques années…

L’opposition interne

Quel risque le NPD court-il à se placer au centre? Pour répondre simplement, le délaissement de ses forces vives. Dans une sortie spontanée, le caucus socialiste du parti a exigé que les Néo-Démocrates soient cohérents et douté à haute voix de la capacité du chef de mettre en œuvre son programme (dont les garderies subventionnées)[3] faute d’augmenter les impôts des mieux nantis. Soucieux, Mulcair en a tenu compte par un cadre financier promettant des mesures ambitieuses, dont une hausse des impôts des sociétés[4].

Pour le moment, ça tient. Et pour cause : le NPD est dans la course, malgré sa récente glissade. « La fin justifie les moyens », doivent se raisonner certains militants, toujours confiants en leur véhicule.

Mais pour combien de temps encore?

Le noeud

À long terme, les choses se corsent. En cas de difficulté, le NPD aura de la difficulté à faire appel au public-cible progressiste qu’il aura laissé en plan. Et rebâtir des appuis est long et coûteux…

Essentiellement, le leadership néo-démocrate devra réconcilier ses impératifs de pouvoir avec les aspirations profondes des militants. L’enjeu de co-construction peut être résolu en apprenant à « négocier » son positionnement par rapport à sa base. D’ailleurs, si le NPD devait retenir une seule chose de Stephen Harper, ce serait celle-là.

C’est ainsi que le NPD réussira sa transformation… ou retombera.

[1] http://www.ledevoir.com/politique/canada/326500/npd-et-syndicats)

[2]http://www.thestar.com/news/canada/2012/03/15/ndp_leadership_ed_broadbent_takes_aim_at_thomas_mulcair.html

[3] http://www.theglobeandmail.com/news/politics/ndps-shift-to-centre-unsettles-socialist-caucus/article26349650/

[4] http://www.lapresse.ca/actualites/elections-federales/201509/16/01-4901110-cadre-financier-le-npd-table-sur-une-hausse-de-limposition-des-entreprises.php

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