La gestion de crise des réfugiés : les limites de l’empathie

La crise des réfugiés syriens nous invite à la réflexion. D’abord, en regardant les médias, j’apprends que le monde affronte le pire exode de population depuis la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, dans ce contexte, l’Union Européenne (l’UE) est la première appelée à se mobiliser pour trouver des solutions face à l’afflux de migrants et de réfugiés qui fuient la guerre. Mais le sujet ne reste pas moins important lorsqu’on vit sur le continent nord-américain, voire au Canada.

La force d’une image

« Puis, un jour, boum, une photo. Une photo qui nous réveille, une photo qui en vient à symboliser tout ce qui est mal chez les hommes. Là, on s’identifie. Human interest. », écrit Patrick Lagacé dans son article L’empathie, c’est pour les autres, publié le 8 septembre 2015 dans La Presse.ca.

Comme ailleurs dans le monde, cette photo choc du petit garçon syrien mort noyé et retrouvé sur une plage en Turquie suscite autant d’émotions que de controverse au Canada. Pourquoi de controverse ? Surtout parce que la campagne électorale fédérale est en cours et le gouvernement du Canada (conservateur) doit avoir une réponse rapide et pertinente à cette crise internationale et humanitaire. Mais l’approche adoptée par le gouvernement Harper, privilégiant la résistance à l’Ếtat islamique au détriment de l’empathie, ne fait qu’alimenter les contradictions dans l’opinion publique, ainsi que les attaques de la part des autres candidats présents dans la campagne électorale fédérale. Ainsi, l’électorat et les médias se posent la question : est-ce que le Canada devrait faire davantage pour les réfugiés syriens ?

L’accueil des réfugiés… au-delà des chiffres

Je sais que du point de vue des RP, dans une gestion de crise, il faut mettre l’accent sur l’empathie et sur une action rapide, en tenant compte de l’opinion publique et de l’intérêt humain. Mais suffit-il de montrer de l’empathie dans un dossier aussi complexe que celui de l’immigration ? On dirait que non, l’empathie ne suffit pas. Elle a ses limites. Et on le constate. Le gouvernement Harper, qui se débat avec cet épineux sujet de crise en pleine campagne électorale, choisit de garder sa position à l’égard du nombre de réfugiés syriens que le pays recevra de plus : 10 000 d’ici quatre ans. Par contre, il annonce qu’il accélérera le traitement des demandes d’asile des réfugiés syriens d’ici fin 2015, tout en respectant les vérifications de sécurité. Du point de vue de la perception publique, est-ce suffisant ?

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3 commentaires pour La gestion de crise des réfugiés : les limites de l’empathie

  1. J’ai bien aimé votre commentaire! Effectivement, l’empathie n’est pas suffisante. Personnellement je trouve que c’est dommage que les gens réagissent aussi tard à cause d’une photo-choc alors que ça fait des mois et des mois que toute cette histoire dure.

  2. M. Hébert dit :

    Il est vrai que la photo a contribué à générer un véritable élan émotif. Mais je note qu’il en a fallu plus pour enflammer les esprits, du moins au Canada. En apprenant que la tante du jeune avait tenté de faire immigrer sa famille au Canada, le public a établi un lien affectif beaucoup plus fort avec les victimes. Comme quoi les facteurs d’une bonne nouvelle (dont la proximité territoriale et la charge affective), dans les bonnes proportions, sont non seulement générateurs de nouvelles mais également générateurs de crises pour ceux qui sont sous les feux de la rampe!

    Pour revenir à l’essentiel de votre propos, l’empathie est un bon principe directeur dans la majorité des cas. Ce cas fait sûrement figure d’exception. La machine politique conservatrice comprend que la force de sa marque ne réside pas dans son sens d’empathie. C’est même plutôt le contraire : sa base électorale s’attend à ce qu’un gouvernement conservateur utilise la fermeté et la modération lorsqu’il est question d’immigration et de sécurité nationale. Rien de surprenant à constater que l’empathie n’est « pas assez ». Selon les organisations, l’empathie pourrait même être… de trop!

    Deux mois plus tard, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et ça n’a pas collé aux dos des Conservateurs (pas plus que l’indignation habituelle du segment d’électorat qui est déjà réfractaire à ce parti). Leur conduite était en droite ligne avec leurs visées stratégiques et tactiques. Et ça leur a réussi.

  3. pillugary dit :

    Une image vaut mille mots. Je pense que ce dicton n’a jamais aussi été vrai que depuis cette affaire.

    Nous avons toujours vécu dans un monde à reaction, un monde où si l’on est pas confronté directement à la situation nous ne réagissons pas. C’est un peu ce qui s’est passé avec cette photo. Nous étions au courant de la situation depuis bien longtemps mais ce n’était que des mots couchés sur du papier. Des écrits que ne nous permettait pas de nous refléter la situation. Avec cette photo, cela a permis de faire réagir les foules mais nous ne devons pas en oublier la détresse d’une famille. Il est juste malheureux d’en avoir recours à ce moyen… mais si cela permet de faire avancer les choses alors il ne faut pas oser à dévoiler la vérité pour que nous puissions agir.

    L’Homme a besoin, malheureusement, de se confronter à la réalité pour réagir. Le jour où nous arriverons à agir avant de diffuser ce genre de photos alors nous aurons fait un grand pas en avant.

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