L’ombre au tableau des universités: la gestion de crise

Le 16 janvier dernier, l’équipe de l’enquête « Sexualité, sécurité, et interactions en milieu universitaire » (ESSIMU) rendait public son rapport sur les violences sexuelles en milieu universitaire. Au total, 9 284 personnes, provenant de six universités francophones du Québec, ont participé à cette enquête entreprise en 2014. Les résultats, très inquiétants, ont fait grand bruit dans les médias, lesquels sont même allés jusqu’à qualifier les universités de terreau fertile pour les violences sexuelles. Puis, plus rien. Silence radio chez les recteurs des universités.

Alors que la culture du viol est dénoncée à répétition sur la place publique, les universités, hauts lieux de savoir et d’avancement social, font fi de se prononcer sur les constats, mais surtout d’appliquer dans de brefs délais les recommandations énoncées dans le rapport ESSIMU. Il est pertinent ici de se pencher sur les grandes lignes de la gestion de crise pour ainsi se demander si les universités ont oublié de se doter de politiques par rapport aux enjeux ternissant leur image.

Voici une brève analyse des suites du rapport ESSIMU selon les principales règles à suivre pour une gestion de crise rapide et efficace.

  • Faire disparaître le problème n’est pas la même chose que traiter ses conséquences.

En visitant les sites Internet des six universités ayant participé à l’enquête, seule l’Université de Sherbrooke présente dans sa section Urgences un lien en ce qui a trait au soutien et à la prévention des violences sexuelles. Ensemble, contre les violences à caractère sexuel : Quoi faire en cas d’urgence est un portail outillant victimes, témoins et même, agresseurs. Même la récente initiative de l’Université Laval, Témoins actifsn’est pas mis de l’avant sur leur plateforme Web.

Pour les autres universités, soit l’UQAM, l’Université de Montréal, l’Université Laval, l’Université du Québec en Outaouais et l’Université du Québec à Chicoutimi, la recherche en ligne s’avère laborieuse et ne mène à rien de vraiment concluant quant aux engagements attendus de leur part. Malgré le fait que quelques-unes aient publié le communiqué de presse du 16 janvier, les liens menant au Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement sont difficiles à trouver.

  • Soyez prêts à réagir le plus rapidement possible.

De multiples exemples démontrant la pertinence et la nécessité de réagir rapidement à la suite d’événements pouvant nuire à l’image d’une organisation devraient pousser les universités à être mieux préparées. Parmi ceux-ci se trouve le mutisme du recteur Denis Brière à la suite des agressions d’octobre 2016 sur le campus de l’Université Laval. Ne rien dire en bien des cas provoque des inquiétudes et mine la confiance.

  • Désignez une personne externe crédible à titre de porte-parole.

Depuis la semaine dernière, Hélène David, ministre responsable de l’Enseignement supérieur, fait une tournée régionale de consultation pour prévenir la violence sexuelles sur les campus des cégeps et des universités. Toutefois, peut-elle remplacer un porte-parole associé à un établissement scolaire?

  • Communiquez clairement ce que vous faites pour le bien du public, et non ce que vous faites pour le bien de votre organisme.

Un exemple à suivre dans le cas du fléau des violences sexuelles serait celui de l’Université Bishop.Une initiative toute simple a été déployée l’automne dernier. Les nouveaux étudiants doivent suivre une formation obligatoire. Celle-ci a pour but de les outiller lorsqu’ils sont témoins d’événements ou de gestes à caractère sexuels. La preuve est là: nul besoin d’attendre de faire la une pour prévenir et rassurer la population.

Il est temps pour les recteurs d’arrêter de surfer sur la vague de l’oubli. Non seulement il y a atteinte à la confiance et à la crédibilité envers les institutions d’enseignement supérieur, mais la sécurité et l’intégrité des personnes continuent d’être compromises. Devenir des exemples de gestion de crise avec un sujet aussi délicat que les violences sexuelles devrait être à l’ordre du jour. L’impunité ne mérite plus d’être mise de l’avant.

 

Liens suggérés :

La Presse – Désolé pour votre agression… – Rima Elkouri (septembre 2015)

Lettre au recteur Robert Proulx (avril 2016)

Le Devoir – Violence sexuelles à l’université: un vrai fléau – Jessica Nadeau, Marco Fortier (janvier 2017)

 

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A propos Marie-Ève Gionet

Rédactrice-réviseure, chargée de communication et ancienne prof de français, je croque dans la vie. La bouffe est au cœur de mon ventre... et de ma plume.
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