Le ciment irresponsable

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Depuis les dernières élections américaines, l’opinion publique internationale a tendance à être quelque peu défavorable vis-à-vis du Président Trump. Et principalement autour de la polémique concernant le mur que celui-ci veut ériger pour verrouiller sa frontière avec le Mexique.

Mais cela n’a pas empêché le groupe cimentier franco-suisse, LafargeHolcim récemment fusionné, qui s’est précipité pour répondre à l’appel d’offres afin de fournir en ciment la construction du mur. Celui-ci n’a pas hésité à se jeter tête la première dans la course aux gros contrats à plusieurs milliards dollars. Ce qui remet une nouvelle fois en cause la responsabilité sociale du groupe et nuit sans surprise à son image.

Mais est-il encore possible de nos jours, en tant qu’organisation privée, de se dissocier de la réalité politique et de l’éthique morale collective sans en affecter la perception de l’opinion publique ?
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Des motivations douteuses 

Ce n’est pas la première fois que le géant du ciment se place dans une situation de controverse. Le Monde a en effet publié une enquête en juin 2016 qui avait fait polémique. Il y était révélé que Lafarge avait indirectement financé le groupe État islamique en Syrie, payant des taxes et des sommes d’argent à des entremetteurs en 2013-2014 pour pouvoir maintenir l’activité de l’une de ses cimenteries. Or cette fois-ci, c’est délibérément que le groupe s’est placé dans cette position douteuse.
Et c’est une position totalement assumée par le patron du groupe, Eric Olsen, qui déclara qu’il n’y a rien de politique dans tout ça :

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«Nous sommes ici pour servir nos clients et répondre à leurs besoins. Nous ne sommes pas une organisation politique»

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Déclaration qu’il annonça, avec la pleine conscience que celle-ci déclenchera une polémique mais aussi une couverture médiatique certaine.
Le groupe joue donc la carte que la France fait déjà affaire avec des régimes bien moins fréquentables et qu’aucune raison ne justifie que le groupe européen arrête tout business avec un grand pays démocratique et partenaire commercial tel que les Etats-Unis.

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Un problème d’image

Ce positionnement aura été une parfaite occasion pour les politiciens de pointer du doigt le groupe en appelant l’entreprise à être plus prudente avant de se porter candidate.

 

Conséquences concrètes de ce positionnement :

– le Conseil de Paris annonça qu’elle ne fera plus appel à LafargeHolcim pour fournir le sable qui sert à installer « Paris Plages » sur les bords de Seine depuis 2002. Dans la frénésie du profit, l’entreprise en aura oublié les intérêts de ses actuels clients et de ses partenaires.

– cela a permis à la concurrence de se démarquer. À l’inverse, Vinci s’est montré exemplaire en renonçant à la construction, justifiant cela comme non opportun de « construire ce mur susceptible choquer une majorité de ses salariés. » Une entreprise ne doit pas seulement penser à ses actionnaires et à ses bénéfices. Elle doit s’intéresser à toutes les parties prenantes.
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– finalement, le groupe sera forcé de se retirer du projet. Mauvaise publicité ET baisse des profits, pas vraiment le combo gagnant.
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Faute avouée à moitié pardonnée ?

Lafarge, après la polémique avec Daesh, aurait pu en profiter pour remonter dans l’opinion publique. Dorénavant, son image en est plus que touchée et le lien de confiance envers ses parties prenantes est affecté.
Comme quoi la morale et le sens de l’éthique en 2017 priment sur les bénéfices à tout prix. Car le fin mot de cette histoire aura forcé le groupe à renoncer à la participation de la construction du mur. La preuve est que, même pour les entreprises privées, il n’est plus possible de privilégier le profit à tout prix sans en subir les conséquences et le boycott.

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Le contrat et la responsabilité sociale envers la société sont donc, je pense, plus que jamais à prendre en compte pour les relations publiques, afin de déterminer l’image que l’entreprise cherche à véhiculer auprès de l’opinion publique. Cela devrait même être une priorité devant le profit maximal.
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Un commentaire pour Le ciment irresponsable

  1. emiletempere dit :

    C’est assez incroyable qu’une entreprise signataire d’un code d’éthique, agisse de la sorte. Comment peut-on bafouer la responsabilité sociale a ce point…
    Je pense sincèrement qu’il ne sont pas les seuls a avoir recours a ce genre de collaboration douteuse, beaucoup d’autres entreprises comme Krupp ou Varta ont déjà eu ce genre de problèmes avec des répercutions encore plus graves.
    Malheureusement pour Lafarge ( heureusement pour nous), ils se sont fait prendre la main dans le sac, cela devrait donner l’exemple en matière de responsabilité sociale, a beaucoup d’autres entreprises.

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